samedi 3 novembre 2018

Le passé de la Place Saint-Germain exposé aux Champs Libres !

Quand les choses les plus ordinaires deviennent extraordinaires !


Découvrez les étonnants vestiges du passé de la Place Saint-Germain dévoilés pour l'exposition « Les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes


L'affiche officielle de l'exposition « les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes
L'affiche officielle de l'exposition « Les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes

Du 20 octobre 2018 au 25 août 2019, avec « Les vies d'une ville », la nouvelle exposition du Musée de Bretagne aux Champs Libres, venez explorer les découvertes archéologiques et les transformations de Rennes, de l'Antiquité à nos jours... Une exposition remarquable qui vous permettra de mieux connaître l'histoire de la capitale bretonne à travers la mise en scène des grands vestiges archéologiques comme ceux de la civita gallo-romaine de Condate mais aussi des objets parfois moins prestigieux mais tout aussi intéressants comme ceux de la vie quotidienne des habitants à travers les siècles... Issue du regroupement des archives de la ville de Rennes, du département et du fonds du Musée de Bretagne, certaines pièces anciennes sont présentées ici pour la première fois grâce aussi au travail de l'Inrap qui a pu explorer le sous-sol de la ville via les fouilles préventives avant la construction de la ligne b du métro, et notamment pour celles effectuées Place Saint-Germain, et qui ont permis de mieux connaître l'histoire et la physionomie de Rennes à travers les âges depuis sa fondation.

On le savait déjà, les fouilles préventives de l'Inrap entre 2014 et 2015 sur la place Saint-Germain ont été fructueuses... Elles ont révélées toute une part encore insoupçonnée et très riche de l'histoire de notre quartier et de la ville ancienne de Rennes. C'est enfin le moment de découvrir les pièces les plus remarquables découvertes là, aujourd'hui analysées, restaurées et donc présentées aux Champs Libres de Rennes...

Le timelapse des fouilles sur la Place Saint-Germain entre novembre 2014 et février 2015...
6 mois de fouilles en 2 minutes ! (Voir sur YouTube...)


Les Champs Libres de Rennes

L'exposition retrace toute l'histoire de Rennes depuis l'époque de la Conquête romaine jusqu'à nos jours... Je ne parlerai ici que de ce qui concerne les découvertes faites sur le Place Saint-Germain et les différents vestiges (objets, cartes, documents...) s'y rapportant exposés et explicités avec beaucoup de talents... C'est lors des fouilles de l'Inrap de 2014-15 que le passé de la place a pu être en grande partie être révélé sous nos yeux ébahis !

La période médiévale


La ville de Rennes avant la Moyen Âge n'occupait qu'une toute petite surface (après la fin de l'époque gallo-romaine, vers 450 ap. J.C., la cité s'étendait en gros de la Cathédrale actuelle à la Place de la Mairie) et la Place Saint-Germain est longtemps demeurée une zone de prairies et de culture. Il faudra attendre le tournant de l'an 1000 pour voir les première traces d'urbanisation et notamment le long du méandre de la Vilaine qui traversait toute la place actuelle.

Resituons tout cela sur un plan de Rennes...

Plan de la ville de Rennes en 1616 réalisé par Bertrand d'Argentré - (Original ici...)
« Bertrand d'Argentré, Président au Parlement, fait paraître en 1616, dans Histoire de Bretagne, un plan considéré comme le premier de Rennes, symbolisant l'implantation du Parlement et le début de la construction du palais (le palais du parlement de Bretagne).
Cette semi-perspective est un témoignage précieux de l'organisation de la ville au début du 17e siècle, avec un héritage médiéval encore marqué, mettant en avant les fortifications, les cours d'eau, le détail du parcellaire avec ses maisons, ruelles et puits.
»
La Plan d'Argentré montre encore clairement une ville à la physionomie médiévale : elle est engoncée dans ces murailles bien visibles ici avec ses nombreuses portes comme la célèbre - et toujours en place aujourd'hui - Porte Mordelaise mais aussi celle de Saint-Germain que j'ai souligné en couleur ici... Même la première enceinte, héritée de la fin de l'Empire romain, a été agrandi par deux fois à l'est - et au sud (par-delà la Vilaine et suivant l'actuel tracé du boulevard de la Liberté), la ville étouffe et souffre de la surpopulation et de l'insalubrité - fréquente certes à cette époque pour toutes les grandes cités - mais ce qui est à noter surtout c'est que cette situation perdurera et que cela lui sera fatal lors de l'incendie de 1720...

Dans la section « CHAUSSURES ET COURROIES »

Là, on revient en arrière, lors d'un voyage immobile, et faisons un saut de mille ans en arrière (1000 ans !)... à une époque où rien de ce qui correspond à notre monde actuel existait... si ce n'est...

Je commence par l'objet le plus trivial, le plus ordinaire et qui pourtant est celui qui me touche le plus aussi bien par son aspect si touchant que par son importance dans le paysage culturel et économique de la Place Saint-Germain au début du début du 15e siècle... Un simple seau en bois...


Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)
Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)

Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)
Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)

Le boisseau in-situ et en cours de dégagement sur le site de fouille Place Saint-Germain en 2015....
Le boisseau in-situ et en cours de dégagement sur le site de fouille Place Saint-Germain en 2015
© Sandrine Lalain, Inrap

« Un boisseau presque intact a été retrouvé au fond d'un puits de la Place Saint-Germain. Cette mesure à grains a été réemployée comme seau à puiser. Elle a été réalisée à partir d'une planche de chêne enroulée par étuvage et maintenue par deux cerclage pour former le corps de l'objet. un disque de bois scelle le fond et une lame de chêne sert d'anse. »

Là, on peut voir un des deux puits en cours de dégagement (et comme on peut le constater, dans des conditions difficiles !). On reconnaît, en haut, les douelles partiellement détruites du tonneau supérieur et, en dessous, les cercles de noisetier qui maintenaient les éléments du tonneau inférieur. Une mesure à grains utilisée comme seau était posée sur les dalles formant le fond du puits. Et l'on pense au pauvre hère qui avait mal attaché son seau et qui le laissa là pour l'éternité...

Et les infos complémentaires concernant cet ustensiles sur le site de l'Inrap :

« Cette mesure à grains (contenance : environ 12 L) est composée d'une fine planche de chêne cintrée et cloutée. Une seconde pièce la renforce au milieu de sa hauteur ; une troisième constitue une anse très large, clouée sur la cuve.

L'environnement très humide dans lequel s'est déroulée la fouille de la place Saint-Germain a permis la conservation exceptionnelle de matériaux organiques comme le bois et le cuir. Celle-ci apporte de nombreux éléments inédits sur la vie quotidienne au Moyen Âge.

Ainsi, de très nombreux déchets de cuir attestent la fabrication de chaussures à Rennes dès le XIe siècle. Les modèles produits diffèrent peu des exemplaires connus ailleurs en Europe, mais montrent des détails de fabrication propres aux artisans locaux. Les métiers du cuir seront présents dans le quartier Saint-Germain durant tout le Moyen Âge. Un dépotoir du début du XVe siècle livre ainsi des rebuts de cordonnerie, mais également de sellerie, de fabrication de lanières et de fourreaux de dagues et d'épées.

La conservation du bois apporte également des informations sur l'aménagement des prairies humide, témoignant notamment de la construction de chemins par l'accumulation de branchages maintenus, entre des pieux de chêne, par un tressage de tiges (des plessis) de saule.

Au Moyen Âge, l'alimentation en eau du quartier Saint-Germain était assurée par des puits peu profonds, aménagés par l'empilement de tonneaux qui maintenaient les parois des fosses creusées dans les sédiments meubles. Deux puits ont été reconnus, construits avec des fûts en bois portant la même marque près du trou de bonde. On ignore encore ce que ces récipients, datables du XVe siècle, avaient pu contenir. »

Puis ici, les autres pièces se rapportant à la vie quotidienne...

Dans la section « CHAUSSURES ET COURROIES »

« Rares sont les sites archéologiques qui livrent des objets en matériaux périssables. Place Saint-Germain, les niveaux envasés ont servi de dépotoirs au cours des 11e et 15e siècle, notamment avec des rejets liés au travail du cuir exercé dans le quartier. Parmi plusieurs centaines de morceaux sont réapparues. Chaussures décorées ou non, enfilées, lacées ou bouclées venaient ainsi compléter la tenue des Rennais (enfants comme adultes). Elles témoignent de l'évolution des modes urbaines du 11e et 15e siècle. »

Chaussure complète (taille adulte)

Chaussure d'enfant
Quartier de selle (Cuir, 13e siècle)
Quartier de selle (Cuir, 13e siècle)

Rares effectivement sont les sites archéologiques qui ont pu livrer des objets aussi fragiles et périssables que ces objets en bois et en cuir... On pense à Ötzi mais aussi aux Hommes des tourbières qui nous ont légué des éléments de leur attributs vestimentaires. Place Saint-Germain, les éléments retrouvés sont beaucoup plus récents mais les conditions du site, en l'occurrence une zone marécageuse, occupée depuis au moins depuis le 11e siècle, nous montre le même types de vestiges archéologiques : c'est tout simplement fascinant !

« Grâce à sa position sur les méandres anciens de la Vilaine et la persistance de l'humidité dans les niveaux tourbeux, le site de la Place Saint-Germain s'avère exceptionnel pour l'état de conservation de certains objets. Ces strates vaseuses constituent un environnement pauvre en oxygène, peu propice aux dégradations (microbiennes pour les objets organiques) et à l'oxydation (la rouille pour les métaux). Aux côtés des graines, pollens et autres matériaux périssables, les pièces en métal (armement ou parure) sont apparues dans leur état d'origine, presque sans corrosion. En plus de faciliter l'identification, cet état de conservation inhabituel a permis de mieux apprécier la finesse de certains décors et surtout l'aspect des objets au moment où ils étaient utilisés ou portés par leurs propriétaires entre le 11e et le 15e siècle. »

Et il faut bien voir qu'il est très rare de retrouver ce type d'objet en bois qui ne passe que difficilement l'épreuve du temps...

Ici, les autres pièces se rapportant à une vie plus guerrière...

Fers d'équidé, pointes de lance, de flèche, hache... tout l'attirail du guerrier... (entre les 11e et 13e siècle)
Fers d'équidé, pointes de lance, de flèche, hache... tout l'attirail du guerrier... (entre les 11e et 13e siècle)

Fer de hache (Fer, 11e siècles)
Fer de hache (Fer, 11e siècles)

Pommeau de dague ? -  (Alliage cuivreux, fer, 12e siècles)
Pommeau ? - (Alliage cuivreux, fer, 12e siècles)


Dans la section « ARTISANAT BOUCHER : TOUT EST BON DANS LE BÉTAIL »

« À partir du 11e et au moins jusqu'au 13e siècle, les niveaux fouillés sur le site de la Place Saint-Germain livrent les indices d'une activité de boucherie. Cet artisanat est surtout discernable dans les traces de découpe conservées sur les ossements d'animaux (bœufs, porcs, équidés) : sciage des cornes, incisions de couteau laissées lors des opérations de désarticulation et de débitage des carcasses, etc. Ces témoignages traduisent à la fois une activité liée à la consommation de la viande mais aussi de l'équarrissage pour récupérer des matières premières (peau, corne, tendon, os). Une partie des outils liés à cette activité a également été mise à jour (couteaux, couperets, balances etc.). »

Crochet de balance ou crémaillère (?), lame de couperet et de couteau, cuillère à « chaudron »...
Crochet de balance ou crémaillère (?), lame de couperet et de couteau, cuillère à « chaudron »...

Dans la section « OBJETS MADE IN SAINT-GERMAIN »
« La quartier Saint-Germain présente une forte vocation artisanale à l'époque médiévale. La fouille récente a ainsi permis de découvrir un grand nombre de couteaux des 11e-15e siècles. Dans la première moitié du 15e siècle, les manches en bois des couteaux et des outils sont produits sur place, preuve de l'installation voisine de corps de métier complémentaires (forgerons, boisseliers, menuisiers, couteliers). Les différentes étapes de leur façonnage sont ainsi illustrées : merrains (plaque rectangulaire de bois, fendues en vue de la découpe de petites pièces), plaquettes de manches en cours de fabrication, chûtes de taille... La production issue de bois est cependant polyvalente, comme en témoignent les pions de jeux tournés. »

Boucle de ceinture (Alliage cuivreux, 13e-14e siècle)
Boucle de ceinture (Alliage cuivreux, 13e-14e siècle)
Merrain, manches de couteaux en bois, pions de jeux tournés...
Merrain, manches de couteaux en bois, pions de jeux tournés...


Les cartes et les plans


A la suite de l'incendie de 1720 il a bien fallu reconstruire une grande partie du centre ville de Rennes... Et pour cela, il a bien fallu la cartographier... et envisager les nouveaux aménagements dont les nouvelles rues droites et un canal pour domestiquer la Vilaine. Comme on le voit, ces nouveaux travaux ne concernent qu'à la marge le faubourg Saint-Germain... qui demeura quasiment inchangé jusqu'au bouleversements des bombardements alliés de juin 1944 (cf. ci-dessous).

Plan de la ville de Rennes indiquant les possibilités de reconstruction après l'incendie de 1722
Plan de la ville de Rennes indiquant les possibilités de reconstruction après l'incendie de 1722

Plan de la ville de Rennes et du quartier Saint-Germain en 1722
Plan de la ville de Rennes et du quartier Saint-Germain en 1722

Ici, la zoom sur le faubourg Saint-Germain montrant l'église, le puits qui se trouvait juste devant elle au sud.. la densité du bâti; les traces de l'ancienne Porte Saint-Germain, les rues qui existent toujours : rue Derval, rue de Corbin, rue des Francs Bourgeois... Et le cimetière qui se trouvait au nord derrière l'église... et qui fut déplacé au début du 19e siècle... ce qui n'a pas empêché de retrouver d'autres sépultures - des dizaines ! - au sud sur la place actuelle lors des fouilles de 2014-15...


Dans la section « LES ENJEUX DE L'EAU »
« Au milieu du 19e siècle, l'approvisionnement en eau dans la ville se fait par une vieille conduite de tuyaux en fer, des puits et des porteurs d'eau transportant des buires et distribuant l'eau potable. L'évacuation des eaux usées se fait par des caniveaux, des puisards, des fosses, des tuyaux débouchant dans les rivière, causant des problèmes d'encombrement et de salubrité. Dès les années 1880, un système d'adduction de l'eau est mis en place, avec la captation des sources éloignées grâce à l'aqueduc de la Minette et aux réservoirs des Gallets. Avec 42 kilomètres de canalisation et 32 mètres de dénivelé, l'eau peut être acheminée jusqu'à Rennes. En ville, un réseau d'égouts de 27 kilomètres et de grands collecteurs sont installées. »

Plan général de la disposition et de la construction des aqueducs (Charles Millet 1829 - Reproduction)
Plan général de la disposition et de la construction des aqueducs (Charles Millet 1829 - Reproduction)

Ici, sur ce plan de la ville de Rennes de 1829 (que je ne connaissais pas... et, pour vous donner une idée, l'Opéra de Rennes au centre de couleur mauve n'est encore qu'un projet...), j'ai souligné la zone de la Place Saint-Germain... qui n'est donc pas encore une place. Tout juste si une placette est visible devant le portail du transept sud de l'Église Saint-Germain...

Détail du quartier du centre de la Place Royale (future place de l′Hôtel de ville...) à l'abbaye Saint-Georges (curieusement non représentée en bas au centre), et à gauche l'église de la Toussaint. On discerne le tracé des futurs quais...
(Charles Millet 1829 - Reproduction)
Ce qu'il est intéressant d'observer, c'est la densité du bâti et tout le centre ville, et l'on remarque surtout que l'église Saint-Germain et comme enchâssée dans les constructions souvent très anciennes de ce quartier de la ville : on remarque bien d'ailleurs les contours des anciennes murailles datant du 15e siècle et les méandres de la Vilaine qui traverse la ville qui a conservé son plan moyenâgeux... On remarque aussi que des constructions touchent presque directement l'église comme le confirme les photos récemment mise en ligne par le services des Archives de Rennes...

Photographie des maisons en bois du contour Saint-Germain en 1914
Collection du musée de Bretagne (non présenté à l'exposition - Originale ici...)

En complément du plan précédent, ou l'on discernait cours de la Vilaine qui traversait le centre de Rennes en divisant la cité en une ville haute (bourgeoise et redessinée suite à l'incendie de 1720) et une ville basse (populaire et soumise aux inondations), on peut aussi y voir le tracé du futur canal domestiquant cette Vilaine : une rivière sauvage et capricieuse qui n'a jamais vraiment joué un grand rôle dans la vie et l'histoire de la cité... ce qui est toujours le cas aujourd'hui...

« Plusieurs projets de canalisation de la Vilaine sont étudiées pendant un siècle, comme le plan réalisé en 1781 par Chocat de Grandmaison, ingénieur en chef de la province de Bretagne. L'objectif est de réaliser un canal rectiligne qui rejoindrait le lit de la Vilaine au niveau du pont Saint-Germain et de construire deux quais. Malgré cette représentation aboutie, le projet n'a pas le succès escompté. »

Plan du projet de canalisation de la Vilaine au niveau du pont Saint-Germain par Chocat de Grandmaison en 1781 (Archives municipales de Rennes)
Plan du projet de canalisation de la Vilaine au niveau du pont Saint-Germain
par Chocat de Grandmaison en 1781 (Archives municipales de Rennes)
Le plan intitulé officiellement « Plan d'une partie du lit de la rivière et du canal projeté depuis le pont des 3 arches jusques au pont Saint-Germain... », document que je ne connaissais pas non plus, datant d'avant le Révolution se révèle bien sûr technique et laconique (nb : le nord est vers la gauche), mais montre tout de même plein de détails intéressants concernant l'environnement direct de la Place Saint-Germain à cette époque avec le méandre de la Vilaine qui la borde et le pont qui reliait les deux parties de la ville.

En rose, les constructions, la rue Saint-Georges en bas à droite... aujourd'hui Rue Dreyfus... Le pont à arches en haut, qui correspond au pont Jean Jaurès actuel (et ex. pont de Berlin) et toute cette verdure, des prairies inondables... qui ont de tous temps été là... Les mentions posées à la main sont touchantes et parfois abruptes : « courtils, et endroits où l'on fait sécher le linge », « maisons à couper sur l'alignement du canal et du quay... », « masses de maisons », « décente à la rivière » (sic), « terrain apartenant au College », « maison au sieur Veillon menuisier »...

« Passerelle Saint-Germain » - Lithographie par Lorette Hyacinthe (milieu du 19e siècle)
« Passerelle Saint-Germain » - Lithographie par Lorette Hyacinthe (milieu du 19e siècle)
Collection du musée de Bretagne (non présenté à l'exposition - Originale ici... - Plus d'infos sur Lorette Hyacinthe)
Il faudra attendre les années 1840 pour voir véritablement commencer les travaux de canalisation de la Vilaine et notamment au niveau du quartier Saint-Germain. Il est à souligner que c'est ici, au pied du pont représenté sur cette gravure, que l'on a retrouvé un véritable trésor (30000 pièces de monnaies de l'époque romaine !) désormais propriété du Musée de Bretagne (et qui aurait eu sa place dans l'expo).

Et surtout, puisque l'on parle de ces quais Émile Zola et Chateaubriand qui longent la Place Saint-Germain et construit entre 1841 et 1846, qu'ils présentent une petite particularité (détail qui m'a toujours épaté et qui est peu connu alors qu'il est bien visible !) : ils ont été mal construits ! Effectivement, une erreur de calcul des ingénieurs des Ponts et Chaussées de l'époque a amené ces deux quais à ne pas être d'équerre et s'incurvent vers le bas entre le pont Jean Jaurès et le pont Pasteur et atteint son point le plus bas presque en face de l'ancien du « Chat qui Pêche » où se trouvait auparavant un escalier de pierre à double volées menant à la Vilaine : « L'opinion publique, vers 1842-43, fut très sensible à cette erreur qui cassait le caractère rectiligne souhaité »... Comme quoi, même les meilleurs peuvent se tromper !

Les quais Chateaubriand et Émile Zola vus depuis le pont Jean Jaurès vers1920...
Les quais Chateaubriand et Émile Zola vus depuis le pont Jean Jaurès vers 1920...
On  distingue bien la ligne incurvée des quais... (Carte postale non présentée à l'exposition)

Et une maquette...

Et voici la pièce la plus extravagante de la collection présentée lors de cette exposition : clinquante, bling-bling... c'est le mot ! « Pompier »... comme on aurait plutôt dit à l'époque ! Cet ex-voto nous rappellera surtout toute la puissance de la foi, de l'église et de la dévotion d'une grande grande partie de la population rennaise (d'autant plus que nous sommes en Bretagne !) et de tout l'investissement aussi bien spirituel que matériel qui a pu s'exprimer à Rennes, depuis les origines (après la chute de l'Empire romain et le premier évêque connu ici, Saint-Melaine) jusqu'à aujourd'hui... et notamment lors de la crise que connu les différents gouvernements français face aux autorités catholiques et aux fidèles tout le long du 19e siècle et jusqu'en1906 (avec entre autres les différentes résurgences de la ferveur des croyants depuis la Révolution - pensons ici notamment à la Croix de la Mission - et les évènements de liés à la Loi de séparation des Églises et de l'État qui furent ici particulièrement violents et qui divisèrent les esprits pendant un temps...


Maquette du vœu fait à Saint-Aubin-en-Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (Bois, bronze, 1861 - Ville  de Rennes)
Maquette du vœu fait à Saint-Aubin-en-Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (Bois, bronze, 1861 - Ville de Rennes)
« Cette maquette du 19e siècle a été réalisée à partir d'un ex-voto de 1634, offert par la municipalité à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, suites aux épidémies de peste qui ont frappé la ville. Si la cathédrale, le Parlement, le palais Saint-Georges ou l'église Saint-Melaine sont bien identifiables, cette représentation est une vision idéalisée de la ville, d'aspect médiéval, influencé par l' Église catholique. »
Et l'Église Saint-Germain, qui y figure bien évidemment...
Et l'Église Saint-Germain, qui y figure bien évidemment...

A noter, la tour-beffroi de l'Église Saint-Germain ne présente plus aujourd'hui le même aspect (lire le très bon article au sujet de sa construction sur l'incontournable site Info Bretagne...).


L'époque contemporaine


Cette section de l'exposition est sûrement la plus émouvante car elles révèle des pièces domestiques - déjà aperçues sur place lors des Journées Européennes du Patrimoine en septembre 2014 - mais qui sont ici traitées pour être conservées et mise en valeur dans leur vitrine...

Tous ces objets, témoins du quotidien des habitants de cette époque pas si lointaine étaient enfouis parmi les décombres des maisons à pan de bois qui se trouvaient au centre actuel de la place le long de la rue menant de la Vilaine à l'église Saint-Germain et qui furent détruites lors du bombardement allié du 9 juin 1944... Malgré leur banalité, tous ces objets ordinaires restent précieux pour les historiens car - comme pour Pompéi - tout est resté sur place, figé pendant près de 60 ans dans le sous-sol - à quelques centimètres parfois ! -, et ils nous redonnent aujourd'hui, posés là, immobiles et silencieux, une bien étrange émotion : quand les choses les plus ordinaires deviennent extraordinaires !

Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)
Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)

Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)
Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)

Vaisselle métallique fondue ou soudée (Métal blanc, début du 20e siècle)
Vaisselle métallique fondue ou soudée (Métal blanc, début du 20e siècle)

Montres à gousset (Matériaux mixtes, début du 20e siècle)
Montres à gousset (Matériaux mixtes, début du 20e siècle)

Tous ces vestiges ont été découverts lors de la fouille de la Place Saint-Germain en 2014-15.

Pour info : l'article extrait du Ouest-France du 26-27 juin 1948

Photo de l'église Saint-Germain en feu prise le matin du 9 juin 1944 par Georges Bourges
Photo prise le matin du 9 juin 1944 par Georges Bourges montrant les maisons détruites après le bombardement...


Addenda...


C'était pour moi un immense plaisir de visiter cette exposition, dans son entièreté, et bien sûr pour les parties concernant plus spécifiquement la Place Saint-Germain et les découvertes qui y ont été faites en 2014-15 lors de fouilles de l'Inrap, que je pouvais suivre à ce moment-là au jour le jour depuis mon point de vue.

On sait que ces fouilles ont révélé une quantité inimaginable de pièces archéologiques, plus ou moins nobles, plus ou moins anodines la plupart du temps... mais, en ce sujet, rien n'est jamais à négliger et même les plus petites pièces auparavant négligées sont désormais conservées, inspectées, étudiées et elles complètent un puzzle bien plus conséquent qui comportent plusieurs niveaux, qui sont les siècles qui ont vu nos aïeules vivre ici...

L'Inrap était tombé sur une pépite ! Le centre de Rennes ne connaissant que rarement des travaux de cette envergure (creuser sur la superficie d'un demi terrain de football !), et la loi permettant son intervention dans de très bonnes conditions (merci au législateur !), il a été possible ici de déployer tout la savoir-faire de nos chercheurs et de redécouvrir une partie essentielle de l'histoire de Rennes même si objectivement cette zone était bien éloignée de la ville (de son centre) telle qu'elle était pendant longtemps.

Je serai un peu impertinent en disant qu'il me semble que bien trop de temps ont été pris à explorer les strates superficielles, celle des bâtiments du 17e siècle, ceux qui ont été détruits en 1944, et où on a pu retrouver les vestiges de la vie quotidienne des habitants de cette époque pas si lointaine... Très vite, le sous-sol s'est révélé bien plus riche que soupçonné... A-t-on perdu du temps à ce moment-là ? L'Inrap a gagné deux mois de rab pour explorer les strates sous-jacentes à la période déjà connue par ailleurs et c'est là que les véritables découvertes ont pu être faites. Même s'il faut bien voir que seuls quelques quadrants ont effectivement été passé au peigne fin...

Toutes les pièces trouvées alors n'ont pas encore toutes été étudiées (et d'ailleurs tout n'a pas pu être techniquement fouillé du fait de l'immensité des volumes à explorer, et de nombreuses pièces sont désormais perdues à tout jamais... mais c'est la règle du jeu dans le cadre du travail de fouilles préventives de l'Inrap). L'exposition n'en présente donc qu'une toute petite partie, déjà connues pour la plupart d'ailleurs lors des articles de presse relatant les évènements les plus importants. Mais où sont les pièces de monnaies ? Oui, il a été trouvé une grande quantité de pièces datées du tournant de l'an 1000... Il a été évoqué le fait que ces monnaies, assez semblables et rapprochées dans une toute petite zone, auraient pu... C'est une hypothèse... Être la paye des soldats du bastion qui gardait l'accès orientale de la cité pendant la période de troubles lorsque qu'un certain Guillaume le Conquérant souhaitait soumettre la Bretagne voisine (il sera défait à Dol... grâce à l'aide des Français !)... Escarmouche, feu, panique... une besace pleine de mailles aurait disparue dans la tourbière... Alors, histoire vraie, ou belle histoire ? Nous attendons la suite...

Nous attendons surtout la parution complète de l'étude des fouilles de la Place Saint-Germain : travail complexe et exhaustif qui demande de multiples compétences, qui existent et qui s'exercent encore à cette heure-ci dans les laboratoires et les bibliothèques qui nous livreront plus d'informations sur le passé de la Place Saint-Germain, et sur nous-mêmes ! Il suffit d'attendre encore quelques temps... Mais le temps, n'est-il pas une illusion ?

La Place Saint-Germain en octobre 2018 - Photo Erwan Corre - L'originale est sur Wiki Commons...
La Place Saint-Germain en octobre 2018 - Photo Erwan Corre - Originale sur Wiki Commons

Tous mes remerciements à l'équipe des « Les Champs Libres », au Musée de Bretagne, à la Ville de Rennes et aux des Archives municipales, à l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) et Service régional de l'archéologie, Drac Bretagne (Direction Régionale des Affaires Culturelles), le Ministère de la Culture !


Les liens officiels pour en savoir plus :


› Le site officiel de l'exposition « Les vies d'une ville »
› Le site officiel « Les Champs Libres »


› Le site officiel des Archives municipales de Rennes


› Le site officiel de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives)
› La page dédiée aux découverte archéologiques réalisées à Rennes par l'Inrap
› L'article sur le site officiel de l'Inrap : « Mise au jour d'un quartier d'origine médiévale détruit en 1944 place Saint-Germain à Rennes » (Novembre 2014)

Plus d'infos :
« Le passé de la Place Saint-Germain enfin révélé... » (Juin 2015)
Premier bilan des fouilles de l'Inrap sur la Place Saint-Germain (Mars 2015)
« Voilà l'ancien quartier médiéval de la place Saint-Germain » (Janvier 2015)
Les fouilles approfondies l'Inrap de 2015
Les fouilles approfondies l'Inrap de 2014
Les fouilles préventives de 2011 : « Sous nos yeux, l'histoire se révèle en direct ! » (Mars 2011)
Les fouilles préventives de 2009 : « Les anciennes portes de la ville sortent de terre... »
La place Saint-Germain martyrisée par les bombardements de 1944
Le bombardement du 8 mars 1943 sur Rennes
Le bombardement du 8 et 9 juin 1944 sur Rennes

lundi 29 octobre 2018

Le « Chat qui Pêche » revient sur la Place Saint-Germain !

Enfin, il faudra attendre encore un peu mais c'est prévu !


Tout est parti d'un article du Ouest-France du 11 septembre dernier qui a réjoui beaucoup d'observateurs intéressés par notre bonne Place Saint-Germain !

Signé Sébastien Sémeril (1er adjoint au Maire de Rennes / Conseiller Régional, Président de la commission Aménagement / urbanisme / architecture... quand même !), le billet fait mention notamment du projet :

« Le bar Le chat qui pêche, détruit pour le métro, va revivre... » - Ouest-France du 11 septembre 2018

Et le tweet dans la foulée...



La Place Saint-Germain en octobre 2018 - Photo Erwan Corre - L'originale est sur Wiki Commons...
La Place Saint-Germain en octobre 2018 - Photo Erwan Corre - Originale sur Wiki Commons

Nostalgie...


Tout a commencé, il y a, bien bien longtemps, dans une galaxie... qu'on est dedans...

Le « Chat qui Pêche », avant le « Chat qui Pêche , vu depuis le Quai Émile Zola dans les années 60...
Photo de la collections du Musée de Bretagne...

Revenons sur Terre...

Effectivement, le bar « Chat qui Pêche » était réputé... A tel point qu'il a même droit à sa page dédiée sur le WikiRennes... C'est dire ! Et il avait surtout le grand avantage de se trouver en bas d'chez moi, et bien situé un peu l'écart de la frénésie du centre ville de Rennes ! Ouvert sous ce nom en 1991, et repris en 2004 par Gilles, il est vite devenu un des lieux emblématiques du quartier... A juste raison !

La façade du « Chat qui Pêche » vu depuis le Quai Émile Zola...
La façade du « Chat qui Pêche » vu depuis le Quai Émile Zola... Photo Erwan Corre

L'entrée du côté du Quai Chateaubriand du « Chat qui Pêche »... Photo Erwan Corre
L'entrée du côté du Quai Chateaubriand du « Chat qui Pêche »... Photo Erwan Corre

Et par ailleurs, tous les avis étaient dithyrambiques... et j'agrée !
Membre Qype (sur Yelp...)
Petit bar jazzu sympa sur le bord de la Vilaine. Il y a une entrée côté quai et une autre côté centre-ville,, quelques tables en bois et une ambiance musicale toujours de qualité : on se sent bien dans ce lieu tout en calme et sensualité.
Il est possible - le midi - de commander des tartines chaudes au fromage ou le plat du jour traditionnel.
L'originalité fondamentale de ce bar se sont les 2 concerts de Jazz organisés tous les mois.
Eliabel T. (sur Yelp...)
Bar gay friendly à l'accueil toujours très chaleureux mais la playlist peut être très agréable comme vite rébarbative...
Décor assez hétéroclite entre le thème du chat et une note électro avec les néons ultraviolets et les tiges fluos dans les cocktails.
Lys M. (sur Yelp...)
Bar très sympa, gay friendly mais accueillant tout le monde du moment que la bonne humeur est respectée.
Sur Cityzeum...
Pour ceux qui voudraient se prélasser dans un bar à la déco sympa et à l'ambiance détendue, le Chat qui pêche deviendra vite un incontournable. Attention tout de même, ici, ce sont les instruments qui ronronnent car il s'agit tout de même d'une boîte de jazz ! Au moins 2 fois par semaine, des groupes se produisent pour le plaisir des clients chat-rmés. Car oui, il faut le préciser, ici la déco est très féline et très cosy. Allez-y pour discuter en dégustant un chocolat ou un petit verre entre amis, ou enfoncez-vous dans un fauteuil avec une BD à la main. Les serveurs et le patron vous serviront avec plaisir un tranche de gâteau au chocolat ou des tartines chaudes.

C'est l'heure du champagne au « Chat qui Pêche » ! Photo Erwan Corre

C'est vrai qu'il y avait une bonne ambiance au « Chat qui Pêche » et on se souvient des différents fêtes qui ne manquaient pas d'avoir lieu notamment lors des nombreux concerts qui s'y sont déroulaient les jeudis soir...


Et on se souvient du coup de génie de Gilles lors de la mise en place de l'interdiction de fumer dans les bars en 2008 :

« Le café a connu son heure de gloire en 2008, quand la loi interdisant la cigarette dans les lieux collectifs est entrée en vigueur. « On avait fait faire des polaires avec le logo du café pour que les clients puissent fumer dehors. On a eu le droit à toutes les télés et radios de France ! ».
« Sur les quais, le chat ne pêche plus » - Article de 20minutes du 24 septembre 2012

De ce temps, je ne conserve plus, comme un fétiche, que le cabat qui avait été distribué aux bons clients et qui me servait bien pour faire le marché du mercredi matin...

Mon petit souvenir fétiche du « Chat qui pêche... » :  le cabat pour le marché !
Mon petit souvenir fétiche du « Chat qui pêche... » : le cabat pour le marché !

Puis, début 2010, le couperet qui tombe...


Les immeubles situés au n° 13 bis et au n° 15 du quai Chateaubriand vont être détruits. C'est-à-dire l'emblématique bistrot le Chat qui pêche qui existe depuis 1991 et le magasin Intérieur nomade vont disparaître. La ville pouvait faire le choix, du coup, d'ouvrir la place sur les quais. Ce ne sera pas le cas. « Nous voulons conserver une certaine intimité sur cette place. C'est l'histoire de cette place », explique l'élu. Du coup, un nouvel immeuble sera construit à la place avec des logements sociaux.

« Le métro chassera aussi Le Chat qui pêche... » - (extrait) Ouest-France du 12/05/2010

« Le métro chassera aussi Le Chat qui pêche... » - Ouest-France du 12 mai 2010 (extrait)


Puis, une longue agonie...


Puis vint le moment de se dire que c'était vraiment la fin... sans recours possible...

« J'aurai bien aimé que ça finisse autrement... »
Gilles, le patron du « Chat qui Pêche »


« Dernier métro pour le bar le Chat qui Pêche » Article de Ouest-France du 07 Septembre 2012
« Dernier métro pour le bar le Chat qui Pêche »
Article de Ouest-France du 07 Septembre 2012





Et le déménagement...


C'est donc vraiment la fin du « Chat qui Pêche »...
C'est donc vraiment la fin du « Chat qui Pêche »...

On dépèce le « Chat qui Pêche »...
On dépèce le « Chat qui Pêche »...

Et on mure le « Chat qui Pêche ». pour éviter les désagréments du squat éventuel..
La messe est dite : fermé, vidé, muré... l'îlot du « Chat qui Pêche » n'avait cependant pas dit son dernier mot... lors d'un épisode lamentable qui en a dégoûté plus d'un !


Oui, on allait pas laisser un squat s'installer si près de la Mairie de Rennes, faut pas déconner (bin oui, c'est ce que m'a avoué un responsable du DAL pour expliquer l'intervention brutale des CRS !). Pire, imaginez que ça devienne un bar clandé !?

Pendant ce temps-là, les 10 appartements du 4 rue des Francs Bourgeois était largement habitables (je le sais j'y ai moi-même habité jusqu'en 2012 !) et aurait pu faire l'objet d'une convention avec la Municipalité comme cela à pu se faire dans d'autres cas... Mais faut pas déconner quand même, on a une municipalité "rouge-rose-vert"...

Les infos sur cette affaire lamentable ici...


Puis le temps pris son temps...


Et le triste paysage de l'îlot « Chat qui Pêche » devint de plus en plus triste, le temps que les travaux pour la construction la future station de métro commencent... Je le dit car j'ai eu - non par choix mais plus par opportunité - la possibilité de m'installer juste en face du 4, rue des Francs Bourgeois... et, par ironie de l'histoire, au-dessus d'un autre troquet, tout aussi sympathique... Me permettant d'avoir un très bon point de vue sur l'avenir de la Place qui s'annonçait directement sous mes yeux, et les vôtres par la même occasion puisque vous lisez ce lignes...

La longue agonie de l'îlot « Chat qui Pêche » - Mardi-12 Mars 2013...
La longue agonie de l'îlot « Chat qui Pêche » - Mardi 12 Mars 2013... Photo Erwan Corre

Puis les tractopelles sont arrivés et n'ont pas fait de quartier !

La destruction de l'îlot « Chat qui Pêche » le 13 octobre 2013 à Rennes - Photo de Erwan Corre sur Wikicommons
La destruction de l'îlot « Chat qui Pêche » le 13 octobre 2013 à Rennes - Photo de Erwan Corre sur Wikicommons

Voilà, c'est fait...



Et donc ce jour fatidique du 27 mars 2013...



Que sera la nouveau « Chat qui Pêche » en 2020 ?...


Nous n'en savons rien, seulement que le bar le « Chat qui Pêche » renaîtra de ses cendres, mais sans Gilles, sans Carole, sans Chloé, sans de nombreux habitués qui ont fui le quartier avec le temps...

C'est donc au rez-de-chaussée du futur bâtiment qui abritera la sortie sud de la nouvelle station de métro (mais pourquoi la faire déboucher sur les quais si on souhaitait vraiment redynamiser la Place ?) et qui sera géré par Archipel Habitat pour du logement social (bonne nouvelle là, mais aura mal vu Rennes Métropole propriétaire des lieux y mettre un nouvel immeuble de standing alors que, juste en face, de l'autre côté de la Vilaine, les projets pharaoniques et hors de prix sont prévus par le groupe Bâti Armor rue du Capitaine Dreyfus), que doit s'installer le futur « Chat qui Pêche » : c'est une obligation contractuelle que devra respecter le futur acquéreur... montrant ainsi toute les capacité de la puissance publique dans ce cas de figure. Et ajouter ainsi à la gentrification en marche dans le coin...

Le futur « Chat qui Pêche »... par le cabinet Studio2. Enfin, c'était l'un des projets envisagés... mais qui ne verra pas le jour... Trop ambitieux !
Le futur « Chat qui Pêche »... par le cabinet Studio2. Enfin, c'était l'un des projets envisagés... mais qui ne verra pas le jour... Trop ambitieux !

Ce local commercial devra être un bar/brasserie du même nom et de standing lui du coup (donc pas de Mac Do, faut pas déconner hein !), car comment pourrait-il en être autrement puisque l'objectif principal ici est de redonner vie et splendeur à la Place Saint-Germain... avec retour sur investissement ! Même les vestiges trouvés là de l'ancienne porte médiévale de la ville, sous la future terrasse donc, n'auront même pas droit à un espoir de valorisation...

Et les gros investisseurs du coin spécialisés dans la restauration l'on déjà bien compris comme notamment Stéphane Loraine qui rafle la mise (après bien d'autres lieux connus en ville comme « L'Amiral », « Le Knop », « Le Grill », « Chez Brume »... du beau, du lourd, du chic, avec un peu de bling-bling...) en prenant largement ses aises grâce à sa puissance feu sur la Place en reprenant tout l'angle de la rue du Vau Saint Germain donnant sur la Place : reprise du magasin de souvenirs bretons - en cours de travaux -, la crêperie « Un Air de Famille »... et le futur « Chat qui Pêche » ? Et c'est aussi « Les Petits Papiers » qui change de main à partir du 7 novembre 2018... En 5 ans, c'est 8 commerces sur 11 qui ont changé de propriétaires sur la Place (la bijouterie Gapaillard, Carola, Cantina Mia, Le bar Saint-Germain, 7 Peccati...), sans compter ceux des rues adjacentes comme ceux de la rue du Vau Saint-Germain...

C'est bien de faire de la Place une vitrine du Nouveau Rennes : « the place to be! ». Mais bref, faire du neuf après avoir détruit le vieux... comme si tout allait redevenir comme avant...

Mais à quel prix ?

Le projet un peu plus plan-plan, qui n'est lui aussi pas définitivement acté à ce jour...
Le projet un peu plus plan-plan, qui n'est lui aussi pas définitivement acté à ce jour...
Si vous avez des infos, je prends !

Et après, on nous dit que tout cela sera fait en toute transparence... Je ne vois, moi, pour l'instant, rien du tout... Enfin si, je vois comme beaucoup d'autres la ville se transformer, s'enlaidir, avec des programmes immobiliers fait de blocs de béton gris et noir, sans âme, sans véritable geste architectural aussi bien à La Courrouze, rue de l'Alma, plaine de Baud... et à des prix dépassant l'entendement, programmes nourrissant une folie spéculative dont on ne voit comment ni quand elle pourrait s'arrêter...

Au bout de la rue du Capitaine Dreyfus, ça s'active... Mardi 30 octobre 2018... Photo Erwan Corre
Au bout de la rue du Capitaine Dreyfus, ça s'active... Mardi 30 octobre 2018... Photo Erwan Corre


Pendant ce temps-là, la vie du quartier est toujours bouleversée...


12h58 : Tiens, y'a les pompiers qui déboulent sur le chantier du métro Place Saint-Germain !
12h58 : Tiens, y'a les pompiers qui déboulent ! Photo Erwan Corre

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12h59 : Une certaine inquiétude s'empare de la Place Saint-Germain... Photo Erwan Corre

13h15 : Là, c'est GRDF qui déboule... un problème de gaz alors sur le Place Saint-Germain ?!
13h15 : Là, c'est GRDF qui déboule... un problème de gaz alors ?! Photo Erwan Corre

Finalement, à 14h, tout est terminé... Ouf !

Mais on aurait aimé en savoir plus car... bien évidemment, rien dans la presse, ni sur le net dans les médias officiels... On sait que ce n'est pas la première fois qu'il y a un des problèmes sur le chantier de la Place Saint-Germain (ici, ici et ici...)... mais, comme d'habitude, c'est l'omerta !

Seuls les habitants de la Place s'en soucient, et témoignent...



Encore 2 ans de travaux, au minimum...


Les travaux en surface sur et aux abords de la Place Saint-Germain qui ont commencé cet été 2018 avancent... Il avait été promis que le planning des différents serait rendu public et les informations aux riverains et aux commerçants seraient faite : là aussi, c'est le service minimum...

En descendant le rue du Vau Saint-Germain devant l'Église...
En descendant le rue du Vau Saint-Germain devant l'Église...

Là, l'ancienne boutique de souvenirs bretons... en travaux aussi pour un nouveau café/restaurant « hype » !
Là, l'ancienne boutique de souvenirs bretons... en travaux aussi pour un nouveau café/restaurant « hype » !

Et là aussi, c'est le chantier du côté de la rue de Corbin !
Et là aussi, c'est le chantier du côté de la rue de Corbin !

Et là, c'est le chantier du côté du Quai Chateaubriand... Le 29 octobre 2018
Et là, c'est le chantier du côté du Quai Chateaubriand... Le 29 octobre 2018

Oui : alors que ces travaux impactent directement tous les riverains et commerçants de la place, seuls les riverains des rues directement impactés par les travaux sont prévenus...). Il n'est pas difficile pourtant de communiquer de manière transparente et de diffuser des informations facilement accessibles via un site internet comme le fait très bien par exemple la Ville de Saint-Mandé sur un blog dédié : http://travaux-avenuedegaulle-saintmande.fr/


La discrète petite affichette « Information travaux » scotchée sur la palissade du chantier de la Place Saint-Germain... Le 29 octobre 2018
La discrète petite affichette « Information travaux » scotchée sur la palissade du chantier de la Place Saint-Germain... Le 29 octobre 2018

Et... Le mercredi 24 octobre...


Dès le matin, ça s'active sur la Place Saint-Germain ! Encadrés par l'équipe de la SEMTCAR, les services de la Ville sont venus installer de nouvelles bannières faisant la retape pour assurer la promotion du projet en cours sur la Place auprès des passants... Bouchant au passage la belle perspective sur notre Église Saint-Germain...

On s'étonne de cette initiative tardive d'autant plus que le visuel posé est connu depuis au moins 2 ans (sic !) et surtout par le fait qu'il est assez trompeur car d'abord nous n'avons toujours pas de documents officiels concernant le physionomie du bâtiment qui va être construit à l'emplacement de l'îlot « Chat qui Pêche » (situé au niveau du nouveau panneau justement), ensuite sur le fait qu'il faudra une bonne dose de potion magique pour faire pousser les arbres tels qu'ils sont représentés sur le visuel... et qu'enfin... moins de 2 ans pour mettre en place tout ça, ça me parait un peu juste...

L'équipe de la Ville installe un nouveau panneau promotionnel du côté nord de la Place Saint-Germain...
L'équipe de la Ville installe un nouveau panneau promotionnel du côté nord de la Place Saint-Germain... - Photo Erwan Corre

Le nouveau panneau promotionnel posé du côté du Quai Chateaubriand... et qui malheureusement masque l'Église Saint-Germain...
Le nouveau panneau promotionnel posé du côté du Quai Chateaubriand... et qui malheureusement masque l'église... - Photo Erwan Corre

Alors, quel futur pour la Place Saint-Germain ?

Eh bien, pour le futur immédiat, nous n'en savons pas beaucoup plus que ce que je vous transmets ici... Les travaux d'aménagement des rues adjacentes ont commencé et vont se poursuivre pendant au moins 2 ans encore...

Ce qui est sûr, c'est déjà que l'immeuble du 6, rue des Francs Bourgeois a été racheté par Rennes Métropole pour y installer des bureaux... Les travaux de réfection de toiture vont commencer sous peu...

Permis de construire pour le 6 rue des Francs Bourgeois pour l'Hôtel de Rennes Métropole...
Permis de construire pour le 6, rue des Francs Bourgeois pour l'Hôtel de Rennes Métropole...

Quelle drôle d'idée... et qui a dû coûter bonbon... Et pourquoi ? Pourrais-je voir les délibérations et les tarif ? J'ai posé la question à Rennes Métropole... Je vous tiens au courant...

Après avoir pris plaisir à obliger à mettre dans la cellule commerciale du rez-de-chaussée du futur immeuble de l'îlot « Chat qui Pêche » d'Archipel Habitat - pour des logements HLM - un bar/brasserie et rendre ce lieu à sa fonction passée de troquet sympathique - ça m'étonne quand même un peu de vouloir ressusciter des icônes qu'on a au préalable tué - le voisinage va s'avérer du style costume-cravate qui va sûrement réhausser le côté populaire du quartier... Il faut dire qu'une fois les travaux terminés, la Place Saint-Germain sera sans conteste... « the place to be! »


Pour les temps plus lointain, on sait aussi que la Place va se refermer sur elle-même*, redevenir intime, regagner sa typicité... après que tout ce qui faisait son charme et sa personnalité - le fait d'être l'écart de la fureur consumériste du centre ville de Rennes - soit balayé après 7 ans de travaux... pour le plus grand bonheur de tous...

*Oui, le futur immeuble de l'îlot « Chat qui Pêche » va prendre un bien plus grand volume que celui des immeubles précédents. Et boucher les perspectives comme celle que l'on peut voir ici...

Vus depuis la Place Saint-Germain, les grands immeubles bourgeois du XIXe siècle du quai Emile Zola donnent un air de petit Paris à la Ville de Rennes...
Vus depuis la Place Saint-Germain, les grands immeubles bourgeois du XIXe siècle du quai Emile Zola donnent un air de petit Paris à la Ville de Rennes...

A suivre...


Les articles de presse en ligne :
« Le bar Le chat qui pêche, détruit pour le métro, va revivre... » - Ouest-France du 11 Septembre 2018
« Sur les quais, le chat ne pêche plus » - 20minutes du 24 Septembre 2012
« Dernier métro pour le bar le Chat qui Pêche » - Ouest-France du 07 Septembre 2012 - Modifié le 02/04/2015
« Le métro chassera aussi Le Chat qui pêche... » - Ouest-France du 12 Mai 2010 - Modifié le 27/09/2013
« En plein centre de Rennes, des immeubles bientôt démolis rue Dreyfus » - Article de Ouest-France du 12 septembre 2018

Articles connexes :
« Une lueur d'espoir pour la Place Saint-Germain ! » (Octobre 2018)
« Du nouveau du côté de la Place Saint-Germain et de la Vilaine ! » (Septembre 2018)
« 3,8 millions d'euros pour l'aménagement de la nouvelle Place Saint-Germain ! » (Février 2018)
« Durant les travaux, les commerces ferment Place Saint-Germain ! » (Février 2018)
« Grandeur… et décadence de la Place St-Germain ! » (Novembre 2017)
C'est la crise dans le quartier (01) : la rue du Vau Saint-Germain...
C'est la crise dans le quartier (02) : autour de la place Saint-Germain...
C'est la crise dans la quartier (03) : Article dans le Mensuel de Rennes de septembre 2014
C'est la reprise dans la quartier (01) : autour de la place Saint-Germain...
Article du Ouest-France : "Les terrasses de la discorde place Saint-Germain"
3 projets (personnels) pour la future Place Saint-Germain
La future Place Saint-Germain (02 - Octobre 2016)
La future Place Saint-Germain (01 - Janvier 2016)
La Place Saint-Germain en 2030...
L'article sur le site de Rennes Métropole (Juillet 2015) : « Aménagement de Saint-Germain : la concertation avance »
L'article sur le site de Rennes Métropole (Décembre 2014) : « Les riverains prendront toute leur place à Saint-Germain »
Atelier d'Urbanisme pour la place Saint-Germain n°3 (28 Avril 2015)
Atelier d'Urbanisme pour la place Saint-Germain n°1 (29 Janvier 2015)

Plus d'infos :
Saint-Germain (métro de Rennes)