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lundi 4 février 2019

La rue Saint-Germain... Nouvellement rue Dreyfus !

Il y a bien longtemps, il existait une rue Saint-Germain !


Enfin, il n'y pas si longtemps que cela... La rue fut rebaptisée rue Capitaine Alfred Dreyfus en 1978 !


Cette Rue Saint-Germain / Rue du Lycée / Rue du Capitaine Dreyfus mérite notre attention car elle fait partie depuis toujours de la vie de notre bonne Place Saint-Germain car elle permet d'y accéder depuis le sud de la ville... et à condition de franchir la Vilaine ! Et voici donc son histoire, passée et actuelle, qui va sûrement vous intéresser ! Et je pourrai d'autant mieux en parler que j'ai moi-même habité dans cette charmante petite rue !

La rue du Capitaine Alfred Dreyfus vue depuis la Place Saint-Germain - Novembre 2018 - Photo Erwan Corre
La rue Capitaine Alfred Dreyfus vue depuis la Place Saint-Germain - Novembre 2018 - Photo Erwan Corre

Allez, c'est parti !


Un peu d'histoire...



Le plan du quartier par Hévin vers 1690... La rue Saint-Germain, le porte fortifiée et les des remparts...
Le plan du quartier par Hévin vers 1690... La rue Saint-Germain, le porte fortifiée et les remparts...

On parle de la Place Saint-Germain mais une place n'est jamais que le point de conjonction de plusieurs rues qui y mènent... Qui fait l'un, qui fait l'autre ? Le hasard ? Je n'y crois pas. La nécessité, peut-être... L'habitude, sûrement ! On ne sais pourquoi mais ce qui est sûr c'est que la Place tient son nom de son église, de sa paroisse en fait... Et en plus de la Place, il y avait une rue qui y menait... Parlons-en...

A la limite de la ville ancienne...

Tous les Rennais le savent, la ville a failli disparaître entièrement sous les flammes d'un incendie qui dura 6 jours en décembre 1720 ! Six jours de drames, de peurs, de destructions, de chaos au sein de la populace... A la fin, 40% de la ville est en cendre... Comme le dira Claude Nières en fin observateur : en cet hiver, le centre de Rennes, qui n'avait guère changé depuis le Moyen Âge était « un bûcher merveilleusement préparé »...
« Le feu après cela se partagea en quatre endroits et fit de si grands progrès que les trois jours et les trois nuits suivantes, c'est à dire jusqu'au 26, il mit eu cendre Le pied du Mesnil, le grand et le petit bout de Cohue. Les porches qui furent brûlés pour avoir voulu épargner la maison du Procureur Morfouace, la rue Saint-Michel, la cour de Rennes, une grande partie du Champ Jaquet, la rue des Prones, une partie de la rue au Foulon, La rue de la Charbonnerie, un costé de la rue Saint-Germain, de la basse Baudrairie, toute la haute Baudrairie, Les deux tiers de la poissonnerie, partie de la rue du four du chapitre; les deux tiers de la rue de la nonnerie, L'église Saint-Sauveur, qui venoit d'être achevée de bâtir, et le gros horloge qui estoit un des plus beaux morceaux... »
Incendie de la ville de Rennes en décembre 1720
M. De Jacquelot - Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest (1909)

Le feu s'est donc étendu jusqu'au faubourg Saint-Germain et l'on voit bien encore aujourd'hui à travers l'urbanisme du centre ville les limites de la zone reconstruite avec ses rues bien droites au regard des rues sinueuses du passé médiéval comme sur le plan ci-dessous...

Le plan du quartier en 1829... La rue Saint-Germain se dessine bien et la Vilaine n'est pas obstacle...
Le plan du quartier en 1829... La rue Saint-Germain se dessine bien et la Vilaine n'est pas un obstacle...

Une histoire très ancienne...

« À l’heure actuelle des connaissances, les chercheurs n’ont pas découvert d’image de la ville de Rennes antérieure au 16e siècle autre que la broderie de Bayeux. »

Au-delà de la Place Saint-Germain, aujourd'hui située au cœur de la ville de Rennes, il existe tout un réseaux de voies dont l'une qui traversait la Vilaine depuis le sud pour y accéder. Cette voie, aujourd'hui matérialisée par une nouvelle passerelle piétonne posée en 1991 et qui prolonge la rue du Capitaine Dreyfus, s'appelait auparavant jusqu'en 1792 la Rue Saint-Germain ! (La Révolution ayant eu tendance à cette époque à laïciser les noms des rues et même de certaines villes...). La rue changea de nom en honneur au Capitaine Dreyfus en 1978, et parce que son second procès en révision durant l'été 1899 se tînt au Lycée tout proche...

Rue du LYCÉE (Rennes - Canton du Sud-Est) - Paul Banéat (Édition de 1923)

Une des portes de la ville de Rennes...

Cette rue Saint-Germain avait en fait un rôle important dans le réseaux routier ancien car elle permettait d'accéder au centre de Rennes en venant du sud-est... Depuis très longtemps... On sait que cette voie antique allant vers Angers passait là et qu'un gué puis un pont franchissant la Vilaine en face de l'église, dans l'axe du transept sud (cité dès le XIIIe siècle) ont toujours existé, et qui donc permettait d'accéder à la ville, et même, par la suite, par les portes de la seconde enceinte construite en 1426 et redécouvertes 2009.

"La passerelle de  Saint-Germain" par Paillard Père - Vers 1840...
« La passerelle de Saint-Germain» par Paillard Père - Vers 1840...

Un passé désormais oublié...

Ce passé médiéval hante toujours les lieux très concrètement... Tout près, la rue du Vau Saint-Germain, la rue de Corbin, la rue Derval (où un linteau de porte d'entrée mentionne l'année 1664) montre encore de nombreuses maisons à colombage mais c'est surtout la rue Saint-Georges qui demeure la plus impressionnante ! Pour l'ancienne rue Saint-Germain, il demeure encore aujourd'hui, au sud, dans la rue Dreyfus, les numéros 2, 4 et 6 qui présentent encore leur caractère ancien... mais ces trois immeubles - hors du secteur ancien désormais préservés - sont voués à disparaître prochainement... (cf. ci-dessous...)

Les numéros 2, 4 et 6 de la rue Dreyfus, là en 2018... qui vont bientôt être démolis...
Les numéros 2, 4 et 6 de la rue Dreyfus, là en 2018... et qui vont bientôt être démolis...

Transportons-nous en un voyage immobile vers ce passé lointain qui disparaît encore aujourd'hui sous nos yeux... Et citons notre mentor Paul Banéat qui redonne vie à travers son ouvrage « Le vieux Rennes » à un passé qui demeure grâce à lui dans nos esprits :



Et des cartes postales anciennes...

Ici, le saut dans le passé est vertigineux ! Nous disposons de quelques photos anciennes de la rue Saint-Germain / rue du Lycée / Rue Dreyfus... Aujourd'hui certaines d'entre elles sont conservées dans le fonds du Musée de Bretagne... et elles sont depuis peu disponibles sur leur site internet !

C'est photos sont fantastiques et frappent par la différence entre aujourd'hui et hier, ce qui demeure et ce qui a changé...

La rue Vasselot à gauche... et la début de la rue du Lycée... En 1904 !
La rue Vasselot à gauche... et la début de la rue du Lycée... En 1904 !


La rue du Lycée... On remarque le changement d'enseigne avec la photo précédente...
La rue du Lycée... On remarque le changement d'enseigne avec la photo précédente...


Le parvis de l'église Toussaints... C'est l'heure de la sortie de l'école...
Le parvis de l'église Toussaints... C'est l'heure de la sortie de l'école...




2010 - Au numéro 6, une catastrophe... qui va durer plus de 8 ans...

Alors en partie en cours de rénovation, l'immeuble situé dans la cours intérieur - où j'ai habité quand j'étais étudiant - et celui donnant sur la rue ont soudain montrés des signes manifestes de faiblesse structurelles. Rapidement sur place, les experts envoyés par la Municipalité sont dans l'obligation de délivrer et de faire évacuer tous les habitants des 2 immeubles qui, il faut bien l'avouer, sont très anciens, à la structure en bois et qui ont connus de nombreux aménagements au fil des siècles sans pour autant se soucier des éléments essentiels comme les fondations... Une première évacuation avait eu lieu le 4 mars... Puis, malgré quelques espoir, l'abandon définitif est acté le 12...

« Je m'en souviens bien. On était en plein service et on avait pas mal de monde. Un huissier est venu et nous a dit qu'il fallait évacuer l'immeuble sur le champ car il menaçait de s'effondrer. On a dû mettre tous nos clients dehors et on n'a jamais pu rouvrir la boutique ».
Pascale et Catherine, responsable du « Thé au Fourneau »...

Lire l'article en ligne 20minutes.fr (06 Mai 2015)

Pascale et Catherine ont ouvert Le Thé au fourneau il y a 23 ans - Photo DR - MaVille


Installées depuis 1987 au numéro 6 de la rue du Capitaine Dreyfus, Pascale et Catherine avaient dû faire leurs valises et fermer définitivement leur café. Même peine pour qui venait juste de reprendre le « Scarron » à Guy et Hélène... où j'avais mes habitudes...

Le triste état des immeubles du 6, rue Capitaine Dreyfus depuis 2010...

 

Au début...


La cour intérieur du bâtiment, livré aux volatiles... 6, rue du Capitaine Dreyfus...
La cour intérieur du bâtiment, livré aux volatiles...




Puis plus tard...



Puis le temps qui passe... et la nature qui reprend ses droits... 6, rue du Capitaine Dreyfus...
Puis le temps qui passe... et la nature qui reprend ses droits...

Il ne manque plus que quelques cerfs et daims... 6, rue du Capitaine Dreyfus...
Il ne manque plus que quelques cerfs et daims...

Là aussi...

Dans le bâtiment donnant sur la rue, l'escalier multiséculaire se dégrade peu à peu...
Dans le bâtiment donnant sur la rue, l'escalier multiséculaire se dégrade peu à peu....

Et vu depuis la rue...


Le 6, rue Capitaine Dreyfus complètement fermé en 2017...
Le 6, rue Capitaine Dreyfus complètement fermé en 2017...

« Le Thé au Fourneau »... Avant...

Le bar « Le Casa » anciennement « Le Scarron »... Avant...


Panneau d'information d'une violence inouïe « Démolition totale »...
Le panneau d'information d'une violence inouïe : « Démolition totale »...


2017 - Un nouveau projet en vue...


Finalement, c'est le groupe immobilier régional Bâti-Armor qui va récupérer le bébé...

« C'est officiel, la rue Dreyfus va se redessiner avec le projet de l'architecte Bruno GAUDIN, retenu parmi 4 propositions après concours. »
Sur le site de BATI-ARMOR...


Le futur projet...

La rue du Capitaine Alfred Dreyfus en Novembre 2018 - Photo Erwan Corre

On peut s'en douter, cette destruction/réhabilitation pose problème... Comme partout à Rennes, les chantiers se multiplie malgré la crise... Boulevard Maginot, rue de l'Alma, Boulevard de Metz, Boulevard Voltaire... Partout à Rennes, les immeubles standardisés tout en béton hiddeux sortent de terre sans cohésion urbanistique (le PLU reste minimaliste...) et sans respect pour la tradition architecturale locale... A quoi bon ? Sinon gaver les promoteurs avides et froids devenus fous avec l'arrivée de la LGV et des investissements promis par le pouvoir d'achat des Parisiens qui peuvent maintenant se dire que Rennes est devenue partie intégrante de la capitale...

Ici, le démarrage des travaux est prévu fin 2019 pour une livraison fin 2021... Mais les délais seront-ils respectés ?

En tout cas, ce nouveau chantier aux abords de la Place Saint-Germain ne va sûrement pas faciliter la vie de tous les jours pour les riverains et des commerces du quartier... Le Marché du mercredi matin, les boutiques en face sous les arcades comme celle de mon ami Aziz « Rennes d'Arabie »... Sans compter les deux échoppes de coiffure qui vont devoir migrer pendant toute la durée des travaux... Mon coiffeur m'a rassuré : il devra déménager mais est d'ors-et-déjà assuré de pouvoir regagner son emplacement une fois les travaux terminés... soit dans 2 ans au minimum... comme si la situation n'était pas assez difficile comme cela...

Le 6 rue du Capitaine Alfred Dreyfus en Février 2019 - Photo Erwan Corre
Le 6 rue du Capitaine Alfred Dreyfus en Février 2019 - Photo Erwan Corre

Addenda (01)...


Juin 2020 : Les travaux ont commencé...



Juin 2020 : les travaux de destruction ont commencé pour les immeubles de la rue Capitaine Dreyfus...
La déconstruction des immeubles de la rue Capitaine Dreyfus a commencé... - Photo Erwan Corre

Eh oui, j'ai habité là quand j'étais étudiant !
Eh oui, j'ai habité là quand j'étais étudiant !

Attention quand même ! Il y a de l'amiante !
Attention quand même ! Il y a de l'amiante !


Bien évidemment, le lancement de ce chantier à ravivé les polémiques via notamment l'alerte de l'association Les Amis du Patrimoine Rennais que l'on connaît bien par ailleurs pour ses actions auprès des habitants et des élus.

Véritable lanceur d'alerte et n'hésitant pas à porter assistance à toute personne saisissant la justice pour  les affaires qu'elle considère comme portant préjudice au patrimoine bâti de la ville (et dieu qu'ils sont nombreux depuis plusieurs années !), elle a bien évidemment émis son opposition ferme au projet tel qu'il a été monté :

« Les Amis du Patrimoine Rennais dénoncent l’atteinte insoutenable au patrimoine que représente la destruction des immeubles du XVII° au XIX° siècle des 4 & 6 rue du Capitaine Dreyfus dont les extérieurs ne révèlent pas assez la qualité des joyaux intérieurs architecturaux tels des cheminées, escaliers, charpentes qui leur ont valu d’être dotés de trois étoiles, le maximum possible pour l’architecture et l’histoire, dans le répertoire annexe au PLUI Rennes Métropole.

La Ville de Rennes s’était arrangée pour accorder le permis de démolir avant la révision du PLU-PLUI en 2018 & 2019 contre l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France représentant l’Etat mais avec l’assentiment arbitral du préfet. Depuis, la Ville de Rennes s’est engagée par les réglementations du nouveau PLU-PLUI entériné en décembre 2019 à préserver totalement les bâtiments dotés de trois étoiles au PLU.

Tant pis pour les monuments remarquables qu’elle a rétrogradés à deux étoiles et pour lesquels elle aura moins d’égards. Elle peut être certaine que les Amis du Patrimoine Rennais seront très attentifs à ce que les engagements soient respectés. »



« Une atteinte insoutenable »... C'est peut-être excessif mais ce qui est certain c'est que, du fait de se situer juste en dehors du secteur sauvegardé du centre ancien de Rennes, ce nouveau projet bafoue largement les standards en terme d'architecture et de traditions locales (gabarit, matériaux, aspect global) et modifiera ce point du quai Émile Zola, l'un des lieux les plus beau de la ville avec ses nombreux immeubles de type haussmannien datant du XIXe... Mais après tout, l'exemple a déjà été montré avec l'immeuble « Le Persan » qui se trouve juste en face de l'autre côté de la Vilaine : un projet qui lui-même a dû être maintes fois remanié avant d'aboutir à une construction terne et visiblement hors-sujet...

L'immeuble « Le Persan » en construction en Janvier 2020
L'immeuble « Le Persan » en construction en Janvier 2020


Quel avenir pour la rue Dreyfus ?


Comme pour toutes les villes (et les hommes), le temps passe et les changements adviennent, inexorablement. C'est l'architecture qui marque véritablement les vies d'une ville... Contrairement à la Place Saint-Germain qui subit de graves dégâts lors des bombardements de 1944, ici c'est plus l'âge et la vétusté des maisons anciennes qui ont modifié la physionomie de la rue Dreyfus essentiellement dans les années 1980/90... On appréciera ici la volonté des architectes de tenter de conserver une part de la mémoire en donnant des volumes et des formes rappelant ceux des bâtiments précédents...



Comme beaucoup de secteurs du centre ville de Rennes, il est envisagé de rendre la rue Dreyfus (et ses abords) plus accueillante, plus apaisée, bref, plus verte... C'est surtout la petite place devant l'Église Toussaint, où se tient actuellement le marché du mercredi matin (et accessoirement surnommée la place des 4 vents...), qui est l'objet d'une attention particulière...

« Vous le voulez comment votre cœur de Rennes ? Du 10 au 30 septembre, découvrez le centre-ville de Rennes autrement »

Une première approche a eu lieu le week-end de la fin septembre 2018 dans le cadre de l'opération...


« Testez votre cœur de ville en mode zen... »
« Testez votre cœur de ville en mode zen... »

La place de la Toussaints temporairement rendue aux piétons...
La place de la Toussaints temporairement rendue aux piétons...

Un peu de verdure et un lieux de détente... à la place du parking...
Un peu de verdure et un lieux de détente... à la place du parking...
En attendant ce futur enchanteur, des travaux ont déjà eu lieux début 2017 et notamment pour le remplacement des lampadaires et candélabres... Tout carrés, modernes, noirs, austère, l'art moderne de ce mobilier urbain minimaliste est ici tristement sobre... Sans compter ces deux aiguilles sombres posés sur la placette et qui dardent vers le ciel et qui sont à mon goût laides voire même violentes par leur agressivité inutile, surtout placées dans cet environnement... Mais leur remplacement était rendu nécessaire : « éclairage par LED » oblige...

Des lampadaires digne d'un décor de Star Wars...
Des lampadaires digne d'un décor de Star Wars...
De nouveaux lampadaires donc, alors que les précédents étaient très bien, plus « classique » en fait...

La rue du Capitaine Alfred Dreyfus en 2013, avec son lampadaire « classique »...

A noter :

A ce sujet, une des propositions du Budget Participatif de Rennes Saison 4 propose justement de remettre à l'honneur cette fameuse affaire qui se déroula en partie à Rennes il y a maintenant plus de 100 ans...

Plus d'infos sur ce projet : « Dans les pas du capitaine Dreyfus, un parcours mémoriel en dix étapes dans la ville... »


Notre petite excursion se termine, et l'on s'en retourne vers la Place Saint-Germain...



Addenda (02)...


En cet été 2020, les travaux de destruction ont commencés...


Depuis le 22 juillet, les opérations de destruction des immeubles anciens du 4 et 6 rue Capitaine Dreyfus ont commencé... Avec un pincement au cœur, je revois l'ancien appartement de mon amie Karine ici éventré - au deuxième - et qui montre la belle cheminée où nous avions pris si souvent de bon repas...



Rue du Capitaine Dreyfus à Rennes... Destruction des immeubles en cours ! 23 Juillet 2020
Vue depuis le Quai Émile Zola... Le 23 Juillet 2020

Rue du Capitaine Dreyfus à Rennes... Destruction des immeubles en cours ! 23 Juillet 2020
L'immeuble éventré, et les anciennes cheminées... - Photo Erwan Corre



Destructions des immeubles de la rue Dreyfus... sous le regard ébahi des passants... - 27 Juillet 2020 - Photo par Erwan Corre
Sous le regard ébahi des passants, les travaux en cours... - 27 Juillet 2020 - Photo Erwan Corre


« La période estivale est toujours la meilleure pour procéder aux basses besognes comme les arrachages d’arbres ou démolition du patrimoine.
Depuis quelques jours, les pelleteuses sont en action rue du capitaine Alfred Dreyfus.
Sous le regard de nombreux passants, elles y démolissent des vieilles bâtisses, jugées pourtant remarquables par la municipalité… »



Les textes :
Incendie de la ville de Rennes en décembre 1720 - M. De Jacquelot - Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest (1909) : https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1909_num_25_2_1327
« Laffreux Incendie qui arriva en cette ville » - Sur le blog Patrimoine2Rennes : http://patrimoine2rennes.monsite-orange.fr/page-5aba99c91547c.html

Les articles de presse :
«Coup de massue pour les bâtiments remarquables ! » en ligne sur Rennes Infos Autrement (23 Juillet 2020)
« Rue Dreyfus, l’immeuble croqué sous les yeux des curieux » en ligne sur Ouest-France.fr (22 Juillet 2020)
« En plein centre de Rennes, des immeubles bientôt démolis rue Dreyfus » en ligne sur Ouest-France.fr (12 Septembre 2018)
« Cinq ans après l'expulsion, la rue du Capitaine Dreyfus est dans l'impasse » en ligne sur 20minutes.fr (06 Mai 2015)
« Un mois après l'évacuation, la galère des commerçants » en ligne sur Rennes.Maville.com (13 Avril 2010)

Les sites internet :
L'exposition « Les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes (20 octobre 2018 au 25 août 2019)
La Rue Capitaine Alfred Dreyfus sur le Wiki-Rennes...
La collection du Musée de Bretagne... Le plan de la vieille ville Rennes par Hévin...

Plus d'infos :
Le passé de la Place Saint-Germain présenté lors de l'exposition « Les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes (Novembre 2018)
« Le passé de la Place Saint-Germain enfin révélé... » (Juin 2015)
Premier bilan des fouilles de l'Inrap sur la Place Saint-Germain (Mars 2015)
« Voilà l'ancien quartier médiéval de la place Saint-Germain » (Janvier 2015)
Les fouilles approfondies l'Inrap de 2015
Les fouilles approfondies l'Inrap de 2014
Les fouilles préventives de 2011 : « Sous nos yeux, l'histoire se révèle en direct ! » (Mars 2011)
Les fouilles préventives de 2009 : « Les anciennes portes de la ville sortent de terre... »

samedi 3 novembre 2018

Le passé de la Place Saint-Germain exposé aux Champs Libres !

Quand les choses les plus ordinaires deviennent extraordinaires !


Découvrez les étonnants vestiges du passé de la Place Saint-Germain dévoilés pour l'exposition « Les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes


L'affiche officielle de l'exposition « les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes
L'affiche officielle de l'exposition « Les vies d'une ville » aux Champs Libres de Rennes

Du 20 octobre 2018 au 25 août 2019, avec « Les vies d'une ville », la nouvelle exposition du Musée de Bretagne aux Champs Libres, venez explorer les découvertes archéologiques et les transformations de Rennes, de l'Antiquité à nos jours... Une exposition remarquable qui vous permettra de mieux connaître l'histoire de la capitale bretonne à travers la mise en scène des grands vestiges archéologiques comme ceux de la civita gallo-romaine de Condate mais aussi des objets parfois moins prestigieux mais tout aussi intéressants comme ceux de la vie quotidienne des habitants à travers les siècles... Issue du regroupement des archives de la ville de Rennes, du département et du fonds du Musée de Bretagne, certaines pièces anciennes sont présentées ici pour la première fois grâce aussi au travail de l'Inrap qui a pu explorer le sous-sol de la ville via les fouilles préventives avant la construction de la ligne b du métro, et notamment pour celles effectuées Place Saint-Germain, et qui ont permis de mieux connaître l'histoire et la physionomie de Rennes à travers les âges depuis sa fondation.

On le savait déjà, les fouilles préventives de l'Inrap entre 2014 et 2015 sur la place Saint-Germain ont été fructueuses... Elles ont révélées toute une part encore insoupçonnée et très riche de l'histoire de notre quartier et de la ville ancienne de Rennes. C'est enfin le moment de découvrir les pièces les plus remarquables découvertes là, aujourd'hui analysées, restaurées et donc présentées aux Champs Libres de Rennes...

Le timelapse des fouilles sur la Place Saint-Germain entre novembre 2014 et février 2015...
6 mois de fouilles en 2 minutes ! (Voir sur YouTube...)


Les Champs Libres de Rennes

L'exposition retrace toute l'histoire de Rennes depuis l'époque de la Conquête romaine jusqu'à nos jours... Je ne parlerai ici que de ce qui concerne les découvertes faites sur le Place Saint-Germain et les différents vestiges (objets, cartes, documents...) s'y rapportant exposés et explicités avec beaucoup de talents... C'est lors des fouilles de l'Inrap de 2014-15 que le passé de la place a pu être en grande partie être révélé sous nos yeux ébahis !

La période médiévale


La ville de Rennes avant la Moyen Âge n'occupait qu'une toute petite surface (après la fin de l'époque gallo-romaine, vers 450 ap. J.C., la cité s'étendait en gros de la Cathédrale actuelle à la Place de la Mairie) et la Place Saint-Germain est longtemps demeurée une zone de prairies et de cultures. Il faudra attendre le tournant de l'an 1000 pour voir les première traces d'urbanisation et notamment le long des méandres de la Vilaine qui traversait toute la place actuelle.

Resituons tout cela sur un plan de Rennes...

Plan de la ville de Rennes en 1616 réalisé par Bertrand d'Argentré - (Original ici...)
« Bertrand d'Argentré, Président au Parlement, fait paraître en 1616, dans Histoire de Bretagne, un plan considéré comme le premier de Rennes, symbolisant l'implantation du Parlement et le début de la construction du palais (le palais du parlement de Bretagne).
Cette semi-perspective est un témoignage précieux de l'organisation de la ville au début du 17e siècle, avec un héritage médiéval encore marqué, mettant en avant les fortifications, les cours d'eau, le détail du parcellaire avec ses maisons, ruelles et puits.
»
La Plan d'Argentré montre encore clairement une ville à la physionomie médiévale : elle est engoncée dans ces murailles bien visibles ici avec ses nombreuses portes comme la célèbre - et toujours bien en place aujourd'hui - Porte Mordelaise mais aussi celle de Saint-Germain que j'ai souligné en couleur ici... Même la première enceinte, héritée de la fin de l'Empire romain, a été agrandi par deux fois : à l'est et au sud, par-delà la Vilaine et suivant l'actuel tracé du boulevard de la Liberté). La ville étouffe et souffre de la surpopulation et de l'insalubrité - situation fréquente certes à cette époque pour toutes les grandes cités d'Europe et d'ailleurs - mais ce qui est à noter surtout c'est que cette situation perdurera et que cela lui sera fatal lors de l'incendie de 1720...

Dans la section « CHAUSSURES ET COURROIES »


Là, on revient en arrière, lors d'un voyage immobile, et faisons un saut de mille ans en arrière (1000 ans !)... à une époque où rien de ce qui correspond à notre monde actuel n'existait... si ce n'est...

Je commence par l'objet le plus trivial, le plus ordinaire qui soit et qui pourtant est celui qui me touche le plus aussi bien par son aspect si anodin que par son importance dans le paysage culturel et économique de la Place Saint-Germain au début du début du 15e siècle : Un simple seau en bois...


Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)
Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)

Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)
Boisseau ou mesure à grains (Bois de chêne, début du 15e siècle)

Le boisseau in-situ et en cours de dégagement sur le site de fouille Place Saint-Germain en 2015....
Le boisseau in-situ et en cours de dégagement sur le site de fouille Place Saint-Germain en 2015
© Sandrine Lalain, Inrap

« Un boisseau presque intact a été retrouvé au fond d'un puits de la Place Saint-Germain. Cette mesure à grains a été réemployée comme seau à puiser. Elle a été réalisée à partir d'une planche de chêne enroulée par étuvage et maintenue par deux cerclage pour former le corps de l'objet. Un disque de bois scelle le fond et une lame de chêne sert d'anse. »

Là, on peut voir un des deux puits en cours de dégagement (et comme on peut le constater, dans des conditions difficiles !). On reconnaît, en haut, les douelles partiellement détruites du tonneau supérieur et, en dessous, les cercles de noisetier qui maintenaient les éléments du tonneau inférieur. Une mesure à grains utilisée comme seau était posée sur les dalles formant le fond du puits. Et l'on pense au pauvre hère qui avait mal attaché son seau et qui le laissa là, pour l'éternité...

Et les infos complémentaires concernant cet ustensiles sur le site de l'Inrap :

« Cette mesure à grains (contenance : environ 12 L) est composée d'une fine planche de chêne cintrée et cloutée. Une seconde pièce la renforce au milieu de sa hauteur ; une troisième constitue une anse très large, clouée sur la cuve.

L'environnement très humide dans lequel s'est déroulée la fouille de la place Saint-Germain a permis la conservation exceptionnelle de matériaux organiques comme le bois et le cuir. Celle-ci apporte de nombreux éléments inédits sur la vie quotidienne au Moyen Âge.

Ainsi, de très nombreux déchets de cuir attestent la fabrication de chaussures à Rennes dès le XIe siècle. Les modèles produits diffèrent peu des exemplaires connus ailleurs en Europe, mais montrent des détails de fabrication propres aux artisans locaux. Les métiers du cuir seront présents dans le quartier Saint-Germain durant tout le Moyen Âge. Un dépotoir du début du XVe siècle livre ainsi des rebuts de cordonnerie, mais également de sellerie, de fabrication de lanières et de fourreaux de dagues et d'épées.

La conservation du bois apporte également des informations sur l'aménagement des prairies humide, témoignant notamment de la construction de chemins par l'accumulation de branchages maintenus, entre des pieux de chêne, par un tressage de tiges (des plessis) de saule.

Au Moyen Âge, l'alimentation en eau du quartier Saint-Germain était assurée par des puits peu profonds, aménagés par l'empilement de tonneaux qui maintenaient les parois des fosses creusées dans les sédiments meubles. Deux puits ont été reconnus, construits avec des fûts en bois portant la même marque près du trou de bonde. On ignore encore ce que ces récipients, datables du XVe siècle, avaient pu contenir. »

Puis ici, les autres pièces se rapportant à la vie quotidienne...

Dans la section « CHAUSSURES ET COURROIES »

« Rares sont les sites archéologiques qui livrent des objets en matériaux périssables. Place Saint-Germain, les niveaux envasés ont servi de dépotoirs au cours des 11e et 15e siècle, notamment avec des rejets liés au travail du cuir exercé dans le quartier. Parmi plusieurs centaines de morceaux sont réapparues. Chaussures décorées ou non, enfilées, lacées ou bouclées venaient ainsi compléter la tenue des Rennais (enfants comme adultes). Elles témoignent de l'évolution des modes urbaines du 11e et 15e siècle. »

Chaussure complète (taille adulte)

Chaussure d'enfant
Quartier de selle (Cuir, 13e siècle)
Quartier de selle (Cuir, 13e siècle)

Rares effectivement sont les sites archéologiques qui ont pu livrer des objets aussi fragiles et périssables que ces objets en bois et en cuir... On pense à Ötzi mais aussi aux Hommes des tourbières qui nous ont légué des éléments exceptionnels de leurs attributs vestimentaires. Place Saint-Germain, les éléments retrouvés sont beaucoup plus récents mais les conditions du site, en l'occurrence une zone marécageuse, occupée depuis au moins depuis le 11e siècle, nous montre le même types de vestiges archéologiques : c'est tout simplement fascinant !

« Grâce à sa position sur les méandres anciens de la Vilaine et la persistance de l'humidité dans les niveaux tourbeux, le site de la Place Saint-Germain s'avère exceptionnel pour l'état de conservation de certains objets. Ces strates vaseuses constituent un environnement pauvre en oxygène, peu propice aux dégradations (microbiennes pour les objets organiques) et à l'oxydation (la rouille pour les métaux). Aux côtés des graines, pollens et autres matériaux périssables, les pièces en métal (armement ou parure) sont apparues dans leur état d'origine, presque sans corrosion. En plus de faciliter l'identification, cet état de conservation inhabituel a permis de mieux apprécier la finesse de certains décors et surtout l'aspect des objets au moment où ils étaient utilisés ou portés par leurs propriétaires entre le 11e et le 15e siècle. »

Et il faut bien voir qu'il est très rare de retrouver ce type d'objet en bois qui ne passent que difficilement l'épreuve du temps...

Ici, les autres pièces se rapportant à une vie plus guerrière...

Fers d'équidé, pointes de lance, de flèche, hache... tout l'attirail du guerrier... (entre les 11e et 13e siècle)
Fers d'équidé, pointes de lance, de flèche, hache... tout l'attirail du guerrier... (entre les 11e et 13e siècle)

Fer de hache (Fer, 11e siècles)
Fer de hache (Fer, 11e siècles)

Pommeau de dague ? -  (Alliage cuivreux, fer, 12e siècles)
Pommeau ? - (Alliage cuivreux, fer, 12e siècles)

Dans la section « ARTISANAT BOUCHER : TOUT EST BON DANS LE BÉTAIL »


« À partir du 11e et au moins jusqu'au 13e siècle, les niveaux fouillés sur le site de la Place Saint-Germain livrent les indices d'une activité de boucherie. Cet artisanat est surtout discernable dans les traces de découpe conservées sur les ossements d'animaux (bœufs, porcs, équidés) : sciage des cornes, incisions de couteau laissées lors des opérations de désarticulation et de débitage des carcasses, etc. Ces témoignages traduisent à la fois une activité liée à la consommation de la viande mais aussi de l'équarrissage pour récupérer des matières premières (peau, corne, tendon, os). Une partie des outils liés à cette activité a également été mise à jour (couteaux, couperets, balances etc.). »

Crochet de balance ou crémaillère (?), lame de couperet et de couteau, cuillère à « chaudron »...
Crochet de balance ou crémaillère (?), lame de couperet et de couteau, cuillère à « chaudron »...

Dans la section « OBJETS MADE IN SAINT-GERMAIN »


« La quartier Saint-Germain présente une forte vocation artisanale à l'époque médiévale. La fouille récente a ainsi permis de découvrir un grand nombre de couteaux des 11e-15e siècles. Dans la première moitié du 15e siècle, les manches en bois des couteaux et des outils sont produits sur place, preuve de l'installation voisine de corps de métier complémentaires (forgerons, boisseliers, menuisiers, couteliers). Les différentes étapes de leur façonnage sont ainsi illustrées : merrains (plaque rectangulaire de bois, fendues en vue de la découpe de petites pièces), plaquettes de manches en cours de fabrication, chûtes de taille... La production issue de bois est cependant polyvalente, comme en témoignent les pions de jeux tournés. »

Boucle de ceinture (Alliage cuivreux, 13e-14e siècle)
Boucle de ceinture (Alliage cuivreux, 13e-14e siècle)
Merrain, manches de couteaux en bois, pions de jeux tournés...
Merrain, manches de couteaux en bois, pions de jeux tournés...


Les cartes et les plans


A la suite de l'incendie de 1720 il a bien fallu reconstruire une grande partie du centre ville de Rennes... Et pour cela, il a bien fallu la cartographier... et envisager les nouveaux aménagements dont les nouvelles rues droites et un canal pour domestiquer la Vilaine. Comme on le voit, ces nouveaux travaux ne concernent qu'à la marge le faubourg Saint-Germain... qui demeura quasiment inchangé jusqu'au bouleversements des bombardements alliés de juin 1944 (cf. ci-dessous).

Plan de la ville de Rennes indiquant les possibilités de reconstruction après l'incendie de 1722
Plan de la ville de Rennes indiquant les possibilités de reconstruction après l'incendie de 1722

Plan de la ville de Rennes et du quartier Saint-Germain en 1722
Plan de la ville de Rennes et du quartier Saint-Germain en 1722

Ici, la zoom sur le faubourg Saint-Germain montrant l'église, le puits qui se trouvait juste devant elle au sud... La densité du bâti... Les traces de l'ancienne Porte Saint-Germain... Des rues qui existent toujours : rue Derval, rue de Corbin, rue des Francs Bourgeois... Et le cimetière qui se trouvait au nord derrière l'église... et qui fut déplacé au début du 19e siècle... ce qui n'a pas empêché de retrouver d'autres sépultures - des dizaines ! - au sud sur la place actuelle lors des fouilles de 2014-15...

Dans la section « LES ENJEUX DE L'EAU »


« Au milieu du 19e siècle, l'approvisionnement en eau dans la ville se fait par une vieille conduite de tuyaux en fer, des puits et des porteurs d'eau transportant des buires et distribuant l'eau potable. L'évacuation des eaux usées se fait par des caniveaux, des puisards, des fosses, des tuyaux débouchant dans les rivière, causant des problèmes d'encombrement et de salubrité. Dès les années 1880, un système d'adduction de l'eau est mis en place, avec la captation des sources éloignées grâce à l'aqueduc de la Minette et aux réservoirs des Gallets. Avec 42 kilomètres de canalisation et 32 mètres de dénivelé, l'eau peut être acheminée jusqu'à Rennes. En ville, un réseau d'égouts de 27 kilomètres et de grands collecteurs sont installées. »

Plan général de la disposition et de la construction des aqueducs (Charles Millet 1829 - Reproduction)
Plan général de la disposition et de la construction des aqueducs (Charles Millet 1829 - Reproduction)

Ici, sur ce plan de la ville de Rennes de 1829 (que je ne connaissais pas... et, pour vous donner une idée, l'Opéra de Rennes au centre de couleur mauve n'est encore qu'un projet...), j'ai souligné la zone de la Place Saint-Germain... qui n'est donc pas encore une place. Tout juste si une placette est visible devant le portail du transept sud de l'Église Saint-Germain...

Détail du quartier du centre de la Place Royale (future place de l′Hôtel de ville...) à l'abbaye Saint-Georges (curieusement non représentée en bas au centre), et à gauche l'église de la Toussaint. On discerne le tracé des futurs quais...
(Charles Millet 1829 - Reproduction)
Ce qu'il est intéressant d'observer, c'est la densité du bâti et tout le centre ville, et l'on remarque surtout que l'église Saint-Germain et comme enchâssée dans les constructions souvent très anciennes de ce quartier de la ville : on remarque bien d'ailleurs les contours des anciennes murailles datant du 15e siècle et les méandres de la Vilaine qui traverse la ville qui a conservé son plan moyenâgeux... On remarque aussi que des constructions touchent presque directement l'église comme le confirme les photos récemment mise en ligne par le services des Archives de Rennes...

Photographie des maisons en bois du contour Saint-Germain en 1914
Collection du musée de Bretagne (non présenté à l'exposition - Originale ici...)

En complément du plan précédent, où l'on discernait cours de la Vilaine qui traversait le centre de Rennes en divisant la cité en une ville haute (bourgeoise et redessinée suite à l'incendie de 1720) et une ville basse (populaire et soumise aux inondations), on peut aussi y voir le tracé du futur canal domestiquant cette Vilaine : une rivière sauvage et capricieuse qui n'a jamais vraiment joué un grand rôle dans la vie et l'histoire de la cité... ce qui est toujours le cas aujourd'hui...

« Plusieurs projets de canalisation de la Vilaine sont étudiées pendant un siècle, comme le plan réalisé en 1781 par Chocat de Grandmaison, ingénieur en chef de la province de Bretagne. L'objectif est de réaliser un canal rectiligne qui rejoindrait le lit de la Vilaine au niveau du pont Saint-Germain et de construire deux quais. Malgré cette représentation aboutie, le projet n'a pas le succès escompté. »

Plan du projet de canalisation de la Vilaine au niveau du pont Saint-Germain par Chocat de Grandmaison en 1781 (Archives municipales de Rennes)
Plan du projet de canalisation de la Vilaine au niveau du pont Saint-Germain
par Chocat de Grandmaison en 1781 (Archives municipales de Rennes)
Pour préciser son interprétation, la rue Saint-Germain se trouve en bas du plan, et le pont représenté correspond à la passerelle pour piéton actuellement en place 
Ce plan intitulé officiellement « Plan d'une partie du lit de la rivière et du canal projeté depuis le pont des 3 arches jusques au pont Saint-Germain... », document que je ne connaissais pas non plus, datant d'avant le Révolution se révèle bien sûr technique et laconique (nb : le nord est vers la gauche), mais montre tout de même plein de détails intéressants concernant l'environnement direct de la Place Saint-Germain à cette époque avec le méandre de la Vilaine qui la borde et le pont qui reliait les deux parties de la ville.

En rose, les constructions, la rue Saint-Georges en bas à droite... aujourd'hui Rue Dreyfus... Le pont à arches en haut, qui correspond au pont Jean Jaurès actuel (et ex. pont de Berlin) et toute cette verdure, des prairies inondables... qui ont de tous temps été là... Les mentions posées à la main sont touchantes et parfois abruptes : « courtils, et endroits où l'on fait sécher le linge », « maisons à couper sur l'alignement du canal et du quay... », « masses de maisons », « décente à la rivière » (sic), « terrain apartenant au College », « maison au sieur Veillon menuisier »...

« Passerelle Saint-Germain » - Lithographie par Lorette Hyacinthe (milieu du 19e siècle)
« Passerelle Saint-Germain » - Lithographie par Lorette Hyacinthe (milieu du 19e siècle)
Collection du musée de Bretagne (non présenté à l'exposition - Originale ici... - Plus d'infos sur Lorette Hyacinthe)
Il faudra attendre les années 1840 pour voir véritablement commencer les travaux de canalisation de la Vilaine et notamment au niveau du quartier Saint-Germain. Il est à souligner que c'est ici, au pied du pont représenté sur cette gravure, que l'on a retrouvé un véritable trésor (30000 pièces de monnaies de l'époque romaine !) désormais propriété du Musée de Bretagne (et qui aurait eu sa place dans l'expo).

Et surtout, puisque l'on parle de ces quais Émile Zola et Chateaubriand qui longent la Place Saint-Germain et construits entre 1841 et 1846, qu'ils présentent une petite particularité (détail qui m'a toujours épaté et qui est peu connu alors qu'il est bien visible !) : ils ont été mal construits ! Effectivement, une erreur de calcul des ingénieurs des Ponts et Chaussées de l'époque a amené ces deux quais à ne pas être d'équerre et s'incurvent vers le bas entre le pont Jean Jaurès et le pont Pasteur et atteint son point le plus bas presque en face de l'ancien du « Chat qui Pêche » où se trouvait auparavant un escalier de pierre à double volées menant à la Vilaine : « L'opinion publique, vers 1842-43, fut très sensible à cette erreur qui cassait le caractère rectiligne souhaité »... Comme quoi, même les meilleurs peuvent se tromper !

Les quais Chateaubriand et Émile Zola vus depuis le pont Jean Jaurès vers1920...
Les quais Chateaubriand et Émile Zola vus depuis le pont Jean Jaurès vers 1920...
On distingue bien la ligne incurvée des quais... (Carte postale non présentée à l'exposition)

Et une maquette...

Et voici la pièce la plus extravagante de la collection présentée lors de cette exposition : clinquante, bling-bling... c'est le mot ! « Pompier »... comme on aurait plutôt dit à l'époque ! Cet ex-voto nous rappellera surtout toute la puissance de la foi, de l'église et de la dévotion d'une grande grande partie de la population rennaise (d'autant plus que nous sommes en Bretagne !) et de tout l'investissement aussi bien spirituel que matériel qui a pu s'exprimer à Rennes, depuis les origines (après la chute de l'Empire romain et le premier évêque connu ici, Saint-Melaine) jusqu'à aujourd'hui... et notamment lors de la crise que connu les différents gouvernements français face aux autorités catholiques et aux fidèles tout le long du 19e siècle et jusqu'en 1906 (avec entre autres les différentes résurgences de la ferveur des croyants depuis la Révolution - pensons ici notamment à la Croix de la Mission - et les évènements de liés à la Loi de séparation des Églises et de l'État qui furent ici particulièrement violents et qui divisèrent les esprits pendant un temps...


Maquette du vœu fait à Saint-Aubin-en-Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (Bois, bronze, 1861 - Ville  de Rennes)
Maquette du vœu fait à Saint-Aubin-en-Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (Bois, bronze, 1861 - Ville de Rennes)
« Cette maquette du 19e siècle a été réalisée à partir d'un ex-voto de 1634, offert par la municipalité à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, suites aux épidémies de peste qui ont frappé la ville. Si la Cathédrale, le Parlement, le Palais Saint-Georges ou l'Église Saint-Melaine sont bien identifiables, cette représentation est une vision idéalisée de la ville, d'aspect médiéval, influencé par l'Église catholique. »
Et l'Église Saint-Germain, qui y figure bien évidemment...
Et l'Église Saint-Germain, qui y figure bien évidemment...

A noter, la tour-beffroi de l'Église Saint-Germain ne présente plus aujourd'hui le même aspect (lire le très bon article au sujet de sa construction sur l'incontournable site Info Bretagne...).


L'époque contemporaine


Cette section de l'exposition est sûrement la plus émouvante car elles révèle des pièces domestiques - déjà aperçues sur place lors des Journées Européennes du Patrimoine en septembre 2014 - mais qui sont ici traitées pour être conservées et mise en valeur dans leur vitrine...

Tous ces objets, témoins du quotidien des habitants de cette époque pas si lointaine étaient enfouis parmi les décombres des maisons à pan de bois qui se trouvaient au centre actuel de la place le long de la rue menant de la Vilaine à l'église Saint-Germain et qui furent détruites lors du bombardement allié du 9 juin 1944... Malgré leur banalité, tous ces objets ordinaires restent précieux pour les historiens car - comme pour Pompéi - tout est resté sur place, figé pendant près de 60 ans dans le sous-sol - à quelques centimètres parfois ! -, et ils nous redonnent aujourd'hui, posés là, immobiles et silencieux, une bien étrange émotion : quand les choses les plus ordinaires deviennent extraordinaires !

Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)
Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)

Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)
Un bougeoir, des chandeliers et des bibelots (début du 20e siècle)

Vaisselle métallique fondue ou soudée (Métal blanc, début du 20e siècle)
Vaisselle métallique fondue ou soudée (Métal blanc, début du 20e siècle)

Montres à gousset (Matériaux mixtes, début du 20e siècle)
Montres à gousset (Matériaux mixtes, début du 20e siècle)

Tous ces vestiges ont été découverts lors de la fouille de la Place Saint-Germain en 2014-15.

Pour info : l'article extrait du Ouest-France du 26-27 juin 1948

Photo de l'église Saint-Germain en feu prise le matin du 9 juin 1944 par Georges Bourges
Photo prise le matin du 9 juin 1944 par Georges Bourges montrant les maisons détruites après le bombardement...


Addenda...


C'était pour moi un immense plaisir de visiter cette exposition, dans son entièreté, et bien sûr pour les parties concernant plus spécifiquement la Place Saint-Germain et les découvertes qui y ont été faites en 2014-15 lors de fouilles de l'Inrap et que je pouvais suivre à ce moment-là au jour le jour depuis mon point de vue.

On sait que ces fouilles ont révélé une quantité inimaginable de pièces archéologiques, plus ou moins nobles, plus ou moins anecdotiques la plupart du temps... mais, à ce sujet, rien n'est jamais à négliger et même les plus petits artefacts auparavant négligés sont désormais conservés, inspectés, étudiés et ils complètent peu à peu un puzzle bien plus conséquent qui comportent plusieurs niveaux et qui incarnent de manière concrète les siècles qui ont vu nos aïeules vivre ici...

Oui ! Ici, l'Inrap était tombé sur une pépite ! Le centre de Rennes ne connaissant que rarement des travaux de cette envergure (creuser sur la superficie d'un demi terrain de football !), et la loi permettant son intervention dans de très bonnes conditions (merci au législateur !), il a été possible ici de déployer tout le savoir-faire de nos chercheurs et de redécouvrir une partie essentielle de l'histoire de Rennes même si objectivement cette zone était bien éloignée de la ville (de son centre moyenâgeux) telle qu'elle était pendant longtemps.

Je serai un peu impertinent en disant qu'il me semble que bien trop de temps ont été pris à explorer les strates superficielles, celle des bâtiments du 17e siècle, ceux qui ont été détruits en 1944, et où on a pu retrouver les vestiges de la vie quotidienne des habitants de cette époque pas si lointaine... Très vite, le sous-sol s'est révélé bien plus riche que soupçonné... A-t-on perdu du temps à ce moment-là ? L'Inrap a gagné deux mois de rab pour explorer les strates sous-jacentes à la période déjà connue par ailleurs et c'est là que les véritables découvertes ont pu être faites. Même s'il faut bien voir que seuls quelques quadrants ont effectivement été passé au peigne fin...

Toutes les pièces trouvées alors n'ont pas encore toutes été étudiées (et d'ailleurs tout n'a pas pu être fouillé faute de temps et surtout du fait de l'immensité des volumes à explorer, et de nombreuses pièces sont désormais perdues à tout jamais... mais c'est la règle du jeu dans le cadre du travail de fouilles préventives de l'Inrap). L'exposition n'en présente donc qu'une toute petite partie des découvertes, déjà révélées pour la plupart d'ailleurs via des articles de presse relatant les évènements les plus importants. Mais où sont les pièces de monnaies ? Oui, il a été trouvé une grande quantité de pièces datées du tournant de l'an 1000... Il a été évoqué le fait que ces monnaies, assez semblables et rapprochées dans une toute petite zone, auraient pu... C'est une hypothèse... Être la paye des soldats du bastion qui gardait l'accès orientale de la cité pendant la période de troubles lorsque qu'un certain Guillaume le Conquérant souhaitait soumettre la Bretagne voisine (il sera défait à Dol... grâce à l'aide des Français !)... Escarmouche, feu, panique... une besace pleine de mailles aurait disparue dans la tourbière... Alors, histoire vraie, ou belle histoire ? Nous attendons la suite...

Nous attendons surtout la parution complète de l'étude des fouilles de la Place Saint-Germain : travail complexe et exhaustif qui demande de multiples compétences, qui existent et qui s'exercent encore à cette heure-ci dans les laboratoires et les bibliothèques qui nous livreront plus d'informations sur le passé de la Place Saint-Germain, et sur nous-mêmes ! Il suffit d'attendre encore quelques temps... Mais le temps, n'est-il pas une illusion ?

La Place Saint-Germain en octobre 2018 - Photo Erwan Corre - L'originale est sur Wiki Commons...
La Place Saint-Germain en octobre 2018 - Photo Erwan Corre - Originale sur Wiki Commons

Tous mes remerciements à l'équipe des « Les Champs Libres », au Musée de Bretagne, à la Ville de Rennes et aux des Archives municipales, à l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) et Service régional de l'archéologie, Drac Bretagne (Direction Régionale des Affaires Culturelles), le Ministère de la Culture !


Les liens officiels pour en savoir plus :


› Le site officiel de l'exposition « Les vies d'une ville »
› Le site officiel « Les Champs Libres »


› Le site officiel des Archives municipales de Rennes


› Le site officiel de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives)
› La page dédiée aux découverte archéologiques réalisées à Rennes par l'Inrap
› L'article sur le site officiel de l'Inrap : « Mise au jour d'un quartier d'origine médiévale détruit en 1944 place Saint-Germain à Rennes » (Novembre 2014)

Plus d'infos :
« Le passé de la Place Saint-Germain enfin révélé... » (Juin 2015)
Premier bilan des fouilles de l'Inrap sur la Place Saint-Germain (Mars 2015)
« Voilà l'ancien quartier médiéval de la place Saint-Germain » (Janvier 2015)
Les fouilles approfondies l'Inrap de 2015
Les fouilles approfondies l'Inrap de 2014
Les fouilles préventives de 2011 : « Sous nos yeux, l'histoire se révèle en direct ! » (Mars 2011)
Les fouilles préventives de 2009 : « Les anciennes portes de la ville sortent de terre... »
La place Saint-Germain martyrisée par les bombardements de 1944
Le bombardement du 8 mars 1943 sur Rennes
Le bombardement du 8 et 9 juin 1944 sur Rennes