samedi 3 janvier 2015

L'église Saint-Germain de Rennes (01)

Découvrez l'histoire de notre belle église et du quartier qui s'est développé autour d'elle...

 

« Soyez Bienvenus à Saint-Germain »

 

L'église Saint-Germain de Rennes en décembre 2014 - Photo Erwan Corre
L'église Saint-Germain de Rennes en décembre 2014 - Photo Erwan Corre

 

La Fondation de la paroisse Saint-Germain

Au cours de la romanisation de la Gaule, une grande partie de la Bretagne se structure en civitas - chefs-lieux de région - dès le début du nouveau millénaire. En 100 avant J. C., la cité de Condate - qui deviendra Rennes bien plus tard mais qui en gaulois signifie alors « confluent » - est déjà en cours d'aménagement et devient la - nouvelle ? - capitale d'une importante tribu gauloise déjà en place auparavant : les Riedones. Même si Condate n'était sûrement qu'un hameau comme les autres avant la conquête, elle méritait pour plusieurs raisons de devenir centrale dans la nouvelle organisation territoriale voulue par les Romains d'autant plus qu'elle était à peu près, géographiquement, le centre des tribus des Riedones qui restaient encore en place.

A ce titre, les Riedones - nom de ce peuple qui possède donc, par la langue, une racine celtique red- (redo en gaulois, riad en irlandais, que l'on retrouve aussi en balte et en germanique) signifiant « aller à cheval », et par extension « aller en char » - étaient donc connus et se reconnaissaient eux-même comme des « cavaliers » ou des « conducteurs de char », titre relevant du vocabulaire guerrier, comme souvent chez les peuples de Gaule.

Un exemple de monnaies gauloises riedones de l'époque de la Conquête romaine (-100/-50 av. J.-C.) figurant un cavalier chevelu et le casque en fer d'un cavalier romain de type Xanten-Wardt retrouvé lors des fouilles préventives de la rue Saint-Malo en 1987, dénotant la présence de militaires sur le site (Photos D.R.)

À son apogée au IIe siècle, lors de la période gallo-romaine et l'Empire, la ville est un centre urbain important totalement acculturé qui s'étend sur plus de 90 ha sur les hauteurs dominant le confluent de l'Ille et de la Vilaine. Toutes les fouilles récentes rue Saint-Malo, place Hoche, la Visitation… confirment à chaque fois la grande étendue de la cité. Peut-être que de nouvelles découvertes sur le chantier de fouille de l'INRAP place Saint-Germain permettront de reculer la connaissance sur les limites de la ville antique.


Stèles avec les inscriptions évoquant le magistrat Titus Flavius Postuminus et la civitas des Riedones conservées au Musée de Bretagne. Elles sont datées des alentours de 135 ap. J.-C. (Photos Wikicommons - Licence CC - 1 - 2)

Vers 275, la ville est prise d'assaut et pillée pour des barbares. Puis, jusqu'au IVe siècle, les invasions barbares se succèdent et détruisent tout sur leurs passages - elles concernent d'ailleurs presque toute la Gaule. Cela va conduire la ville à se replier sur elle-même sur une superficie d'à peine 9 ha, au sein d'une enceinte longue de 1200 mètres : ce qui est vraiment très petit… On récupère et démantèle les édifices de la glorieuse époque précédente et on bâtit une muraille qui par ailleurs fera la réputation de la ville ("La ville Rouge" / "urbs rubia" - parce que ses murailles étaient essentiellement faites de pierres de schiste rouge...). La ville n'en demeure pas moins toujours vivante et centrale dans l'Armorique qui va encore connaître bien des tourments avec la venue des "Bretons", les émigrés fuyant la Grande-Bretagne (nommée aussi Bretagne insulaire) devant l'avancée d'autres barbares : la ville de "Condate" figure sur la carte de Peutinger...

La ville de "Condate" figure sur la carte de Peutinger... Image sous licence Creative Commons
La ville de "Condate" figure sur la carte de Peutinger... Image sous licence Creative Commons

A cette époque, la future paroisse Saint-Germain est alors en dehors de la ville fortifiée, sur la route qui conduit à Angers… Mais déjà, comme sur les voies menant à Dinan, Paris, Brest… se développent des faubourgs dont l'expansion se fera en fonction des périodes de paix et de guerres qui suivront...

Le plan de la ville de Rennes (Condate) à l'époque de la fin de l'empire Romain - On suppose que les limites de la ville atteignaient la place Saint-Germain... Les fouilles de 2014-15 nous en diront-elles plus à ce sujet ?

Après la chute de Rome, on inaugure alors la période sombre de la ville, celle pour laquelle nous n'avons aucune archive... Il faut attendre le IXe siècle pour revoir un peu de lumière...

Au Moyen-Âge


La christianisation débute à Rennes vers le IVe siècle où l'on retrouve les traces des premières communautés chrétiennes dans la zone des faubourgs nord, sur la route de Saint-Malo, et notamment autour de l'ancienne église toujours existante du Vieux Saint-Etienne. Les trois premiers sanctuaires intermuros sont desservis par les religieux de l'abbaye bénédictine de Saint-Melaine - figure éminente de la cité depuis le IXe siècle - où résident les premiers évêques, qui étendent leur pouvoirs spirituels et temporels sur toute la Haute-Bretagne. Au fil des siècles apparaissent huit autres paroisses extramuros : Saint Aubin, Saint Martin, Saint Jean, Saint Laurent, Saint Pierre du Marché, Toussaints, Saint Melaine et... Saint Germain (entre le XIe et le XIIe siècle, comme semble le confirmer les dernière fouilles de l'Inrap, et même plus tôt peut-être...).

La paroisse Saint-Germain est donc située hors des murs de la ville fortifiée, sur la route d'Angers et de Paris. Encore modeste, populaire, pauvre sûrement, elle fut entourée d'un cimetière au XIIIe siècle  dont on a retrouvé quelques traces (cf. photo ci-dessous - sépultures d'ailleurs semblent plus anciennes) lors des fouilles préventives de l'Inrap de 2014-15.

L'un des squelettes exhumés lors des fouilles de l'Inrap début 2015...
L'un des squelettes exhumés lors des fouilles de l'Inrap début 2015... Photo Erwan Corre

A part cela, l'histoire initiale de la paroisse née dans un vau (en l'occurrence un val, un lieu qui mène au fleuve) autour d'une chapelle et de son cimetière reste très fragmentaire... On sait qu'une voie antique allant vers Angers passait là et qu'un gué puis un pont franchissant la Vilaine en face de l'église, dans l'axe du transept sud (cité dès le XIIIe siècle) ont toujours existé, et qui donc permettait d'accéder à la ville, et même, par la suite, par les portes de la seconde enceinte construite en 1426 et redécouvertes 2009.

"La passerelle de  Saint-Germain" par Paillard Père - Vers 1840...
"La passerelle de Saint-Germain" par Paillard Père - Vers 1840...

"L'ancien pont Saint-Georges" par Lorette, vers 1840 - On voit l'église Saint-Germain qui domine la ville à cet endroit...
"L'ancien pont Saint-Georges" par Lorette, vers 1840 - On voit l'église Saint-Germain qui domine la ville à cet endroit et le beffroi de l'Hôtel de ville sur la gauche...

On sait aussi que cette partie sud de la place a été peu à peu surélevée comme l'ont montré les fouilles de 2014. Les deux tours des portes Saint-Germain construites par la municipalité furent ensuite l'objet de nombreux marchandages et l'on sait qu'elles furent "vendues le 2 juin 1468 au sieur Guillaume Racine pour 400 écus d'or et 10 sous de rente... François Racine les donnait en location à la ville pour y loger une partie de son artillerie, en 1493 et René Racine les vendit à Jean Douge le  4 août 1565. Elle furent aménagées en prison pendant la Ligue et habitées par le Sénéchal de la cité en 1598. Elles appartenaient aux Bureau en 1649 et furent démantelées à la même époque."

Je continue en citant Roger Blond : 

"Le plus ancien cimetière de Saint-Germain occupait le nord de la place; vendu en 1635 par la fabrique à Gouyon de la Villebourg, il fut racheté par la communauté de Ville en1654, pour élargir la place."
"Une pompe publique avait été installée, avec un bassin en granit, au bas de la place en 1613. Elle amenait les eaux d'une source de la Tour-du-Bat."
"Le Duc François II fonda en 1484 une boucherie appelée « petite boucherie », par opposition à la Cohue, ... Cet édifice supporté par des piliers en pierre de taille plantés dans la rivière, fut détruit par l'incendie de 1720."

Bref, on peut voir que tout autour de l'église et sur l'actuelle place au sud, la configuration des lieux étaient très différentes, au début par la présence de la Vilaine, puis ensuite par l'érection de la seconde muraille fortifiée qui permis à l'endroit de s'urbaniser tout autour de l'église puis de l'autre côté de la Vilaine. Et enfin par la densification du bâti à une époque où la majorité des constructions était encore en bois et même le plus souvent des cabanes au confort sommaire. De cette période datent les fondations de pierres que l'on a désormais exhumés et que les scientifiques vont pouvoir étudier de plus près...

Les fouilles de l'INRAP sur la place Saint-Germain en novembre 2014 - Les fondations des bâtiments exhumés remontent au Moyen Âge... et ce n'est que la partie superficielle que l'on voit ici... Photo Erwan Corre

Le patron de la paroisse, Saint-Germain (380-448 - il est fêté le 31 juillet), fut l'évêque d'Auxerre en 418. Il est connu pour avoir été le conseiller de la célèbre Saint-Geneviève mais aussi comme l'un des grands défendeur de la Foi face à l'hérésie de Pélage qu'il alla combattre aux côté du chef breton insulaire Elaf. Il est aussi le fondateur d'œuvres de bienfaisance. A l'âge canonique de 70 ans, il se porta au secours des populations de l'ouest gravement menacés par les vikings qui s'affrontaient aux cavaliers d'Alain qui étaient eux-même en guerre contre les partisans de Judicaël, et qui étaient tous sous la menace des pilleurs qui écumaient la région et que l'on surnommait « les bagaudes ». L'église Saint-Germain compte aussi un second patron, Saint Laurent, diacre et martyr...

Le renouveau de l'église Saint-Germain


L'église primitive datait du 12e siècle. Deux piliers près de la sacristie en sont les seuls vestiges encore visibles aujourd'hui. L'actuel édifice fut construit au même endroit en granit appareillé de grande qualité (granit à priori de provenance proche : Louvigné-du-Désert, Saint-Brice-en-Coglès, Coësmes ?), sur une période s'étalant de 1470 à 1690. Un médaillon sur l'un des piliers du transept sud indique « 1606 ». Un acte juridique de 1402 constate un don fait à cette paroisse. Commencé en gothique flamboyant (façade de la nef nord), il fut achevé en style Renaissance tardive (façade de la nef sud et chapelles collatérales). Elle devient au XVIe siècle la paroisse des riches marchands merciers de la ville.

L'un des deux cartouches indiquant la date de « 1606 » sur le transept sud de l'église Saint-Germain
L'un des deux cartouches indiquant la date de « 1606 » sur le transept sud de l'église - Photo Erwan Corre

Une autre inscription indiquant la date de « 1662 » sur la seconde chapelle au sud de l'église - Photo Erwan Corre

La paroisse Saint-Germain est alors située au cœur de la ville-neuve qui est contenu dans la seconde enceinte construite à partir de 1421 par le duc de Bretagne Jean V pour garantir la sécurité de la ville qui s'était grandement étendue et débordait depuis déjà plusieurs siècle de l'ancienne cité fortifiée. A cette époque, l'ancienne nef de l'église Saint-Germain devint trop petite pour accueillir toute la population de la paroisse : de nouveaux travaux commencèrent et les goûts de l'époque amenèrent à construire dans un style gothique flamboyant... mais, le temps passant, c'est dans un style Renaissance tardif qu'il fut achevé...

Le transept sud marqué par un style baroque de le Renaissance tardive assez rare en Bretagne - Photo Erwan Corre

Jean V, par lettres patentes, accorda donc l'autorisation d'agrandir l'église de quatre à cinq pieds, et pour cela d'agrandir l'emprise de l'édifice dans la rue de Corbin et dans la venelle, à l'orient de l'église, allant du pont Saint-Germain à la rue Saint-Georges. Un peu plus tard, le duc François II, par lettres patentes du 13 octobre 1466, permit d'échanger deux maisons et un jardin, contre le chemin qui conduit de l'église au couvent des Cordeliers afin de « croître et avancer l'église » vers l'occident. A l'examen des documents qui nous sont restés, on peut croire que pour ne pas interrompre le service du culte la vieille église fut conservée, pendant tout le temps que dura la construction du nouvel édifice ce qui était assez courant à l'époque. On commença par le chœur et le collatéral nord avec l'appui bienveillant des ducs de Bretagne Jean V puis Pierre II (lui-même membre de la confrérie Saint-Germain) et François II, père de la future duchesse Anne. Le cimetière à cet époque est situé au sud de l'actuel emplacement de la place Saint-Germain et le presbytère est reconstruit en 1455 rue de Corbin. Le curé-recteur de la paroisse, du fait de sa dépendance juridique au chapître de la cathédrale Saint-Pierre, est présenté par le chanoine jouissant de la 6ème prébende de Saint-Pierre.

La façade nord de la nef au style gothique flamboyant, lui tardif mais très fréquent en Bretagne - Photo Erwan Corre

Les nombreuses fondations de messes et de prières financées par les notables, commerçants et simple habitants du quartier, le développement des confréries (Saint Roch et Saint Sébastien en 1425, Saint-Germain en 1449, Saint Esprit en 1470, Saint Laurent en 1488...) témoignent alors de la vitalité de la foi et de la solidarité entre les communautés présentes sur place en ces époques où les conditions de vie restent précaires pour la plupart. Il faut bien voir que les épidémies, la peste, la lèpre, les mauvaise récoltes, les inondations régulières et meurtrières de la Vilaine, les Anglais qui rodent autour de la ville et tout simplement la misère qui rythment le quotidien de toutes les générations qui se sont succédé au cours de cette partie de notre histoire.

La nef et le vitrail principal du chœur de l'église Saint-Germaine - Photo Erwan Corre

En ce XVe siècle qui voit la Bretagne toute entière connaître des cycles de prospérité et de disettes, la population de la paroisse Saint-Germain atteint les 1000 habitants et augmente rapidement à la suite de l'exode rural, l'accroissement naturel de la population locale qui connaît de meilleures conditions de vie malgré la Guerre de Cent Ans qui traverse le siècle et menace régulièrement la sécurité de la cité. Le territoire de la paroisse est lui-même très vaste puisqu'il s'étend de part et d'autre des méandres capricieux de la Vilaine, sur la Ville Neuve entourée de la nouvelle enceinte (entre 1441 et 1448) qui prolonge l'emprise urbaine à l'est et la Nouvelle Ville qui se développe au sud grâce à l'érection de la troisième enceinte fortifiée (entre 1449 et 1476) qui se situait alors à l'emplacement actuel du boulevard de la Liberté, du pont Zola à la place de Bretagne... Le nouveau mur de la ville à l'est faisait dorénavant face à l'abbaye Saint-Georges dont il ne reste aujourd'hui que la Palais construit par la célèbre abbesse Magdelaine de la Fayette qui lança sa construction en 1670.

L'église Saint-Germain - Plan de la ville de Rennes par Bertrand d'Argentré en 1616/18

Il faut bien voir que parler de ville est assez rapide. La nouvelle enceinte fortifiée, à part l'église elle-même, ne contient encore que quelques demeures de maîtres, de nombreuses cabanes en bois - qui est le type de logement habituel pour la majorité de la population comme on peut le voir sur le plan de Bertrand d'Argentré ci-dessus (homme remarquable de l'histoire de Rennes et dont justement le tombeau se trouve dans l'église Saint-Germain) - et surtout encore de grands espaces vierges, des prés, des vergers ou alors quelques jardins appartenant essentiellement aux communautés religieuses qui se trouvent à proximité (Cordeliers au nord, Dominicains et Carmes au sud). On compte aussi des hôpitaux (Saint James, Sainte Marguerite, Sainte Anne), et quelques chapelles (Sainte Anne, Sainte Vincent, et Notre Dame des Neiges !). Ne nous y trompons pas, il ne reste plus rien aujourd'hui du quartier moyenâgeux, et c'est seulement un peu plus haut rue Saint-Georges que le Rennes médiéval existe encore de nos jours.

« Que de souvenirs disparus depuis que ces lignes ont été écrites ! Que de vieilles maisons démolies ! Que de rues transformées, au profit de l'hygiène sans doute, mais aux dépens du pittoresque ! Que de nouveaux percés rendant méconnaissables les anciens quartiers de la ville ! Chaque jour emporte un lambeau du Vieux Rennes, aussi est-il grand temps de sauver de l'oubli les rues et les monuments disparus et de relever les rares vestiges qui subsistent encore...»

Préambule de Paul Banéat pour son ouvrage de référence : "Le Vieux Rennes"

A suivre...



A lire :
"Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne" en 4 volumes, Nantes, 1778-1780. Puis les édition revue et augmentée en 1843 puis en1853 (où apparaît l'article église "Saint-Germain" page 594-595) par A. Marteville et P. Varinque l'on peut retrouver sur GoogleLivres (édition de 1843).
"Le Vieux Rennes" - Paul Banéat - 1911 - Rare
"Rennes du temps passé"
- Roger Blond - Editions de la Cité - Brest - 1971
"Rennes antique" - Dominique Pouille - Presse Universitaires de Rennes - 2008

Plus d'infos :
L'église Saint-Germain de Rennes (02) par Ogée
Le site officiel de la paroisse : www.saint-germain-rennes.fr
Les fouilles préventives de 2009 : "Les anciennes portes de la ville sortent de terre..."
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