jeudi 24 juillet 2014

Les bombardements de 1944 sur la Place Saint-Germain...

Les bombardements de 1944 frappent la Place Saint-Germain...

Une catastrophe qui reste marquée dans les esprits et qui a eu pour conséquence de modifier profondément le visage de la place...


On ne peut plus imaginer aujourd'hui ce qu'est la guerre, la vraie guerre, dans nos villes et nos quartiers. De l'angoisse, de la peur, avant, pendant et après les bombardements massifs qu'ont décidé de mener les alliées pour en finir définitivement avec l'occupation allemande et surtout en cette année 1944 pour Rennes. La ville ne fut pas la seule à souffrir dans sa chair.

Rennes est bombardée à trois reprise en juin 1944 pendant la bataille de Normandie. Le 8 juin, les bombardiers Martin B-26 Marauder américains reçoivent l'ordre de bombarder la gare centrale de triage utilisée par la 17e Panzerdivision qui remontait vers le nord de la France pour affronter la tête de pont alliée en Normandie. Le 9 juin, la Royal Air Force bombarde des cibles stratégiques allemandes. Trois jours plus tard, les Boeing B-17 Flying Fortress de l'US Air Force mènent à nouveau plusieurs raids contre la ville, dont quelques uns seront interceptés par les Messerschmitt Bf 109 de la Luftwaffe et d'autres abattus par les canons Flak de la défense antiaérienne allemande...
Le bilan final pour Rennes fera état de 655 victimes en incluant les premiers bombardement qui ont débutés dès février 1943...

Pour la Place Saint-Germain, il est important de revenir sur les deux épisodes les plus dramatiques de cette période dont celui du 8 mai 1943, particulièrement exploités par la propagande, et ceux, plus dévastateurs, du 8 et 9 juin 1944.

Et d'abord en relisant la presse, de propagande, mais aussi les avis administratifs plus officiels à destination de la population...



Article extrait de l'Ouest-Éclair du 10-11 juin 1944 - Edition régionale

UN RAID TERRORISTE DE L'AVIATION ANGLO-AMÉRICAINE SUR LA POPULATION CIVILE DE RENNES

Article extrait de l'Ouest-Éclair du 10 juin 1944 - Edition régionale - Les bombardement anglo-américains sur Rennes
Une centaine de victimes ont été retirées des décombres.
Des quartiers entiers sont anéantis par les engins explosifs et les bombes incendiaires


RENNES, 9. - Une fois de plus, la capitale bretonne qui, déjà à de nombreuses reprises, avait servi de cible aux aviateurs anglo-américains, vient d'être, dans la nuit de jeudi à vendredi, l'objet d'un raid terroriste. En deux fois, les 8 mars et 29mai 1943, les pilotes de la R.A.F. et les U.S.A. avaient définitivement "libéré " près d'un millier de personnes. C'est-à-dire que près de mille fosses avaient dû être ouvertes dans les cimetières de la ville pour y ensevelir les femmes, les enfants et les vieillards, les familles entières qu'avaient massacrés les aviateurs de M. Churchill.

Tout récemment encore, il n y'a que quelques semaines, la petite commune de Bruz, toute proche de Rennes, avait été complètement détruite et plus de la moitié de sa population devait être portée au nombre des victimes. Dans les hôpitaux de Rennes, on soigne encore de nombreux blessés de cette dernière tuerie, et fréquemment l'on conduit au cimetière quelques-uns de ceux qui n'ont pu survivre leurs atroces blessures.

Tous ces drames étaient dans la mémoire de tous lorsque, dans la nuit de jeudi à vendredi, les aviateurs anglo-américains, estimant sans doute qu'ils ne s'étaient pas encore suffisamment fait connaître revinrent survoler la capitale de la Bretagne et, pendant plus d'une demi-heure, laissèrent tomber sur le plein centre de la ville, sur des maisons où dormaient paisiblement de s familles entières, une véritable pluie de bombes.

Ce fut exactement un carnage. Sans souci des objectifs à atteindre, les lourds bombardiers, que voulaient pourtant guider des fusées éclairantes, déversèrent sur la malheureuse cité un chargement copieux et meurtrier.

Combien d'autres, chassés de leurs foyers détruits, se retrouvaient sur la pavé de la rue, grelottant de froid dans les sommaires vêtements de nuit avec lesquels ils avaient fui ! Que de scènes pitoyables et déchirantes que la plume se refuse à décrire !…

Lorsque le jour se leva, on put mieux encore se rendre compte du désastre. Car les familles se regroupaient et c'est alors que put être enregistré le nombre des victimes. En même temps, les sauveteurs s'attaquaient au déblaiement et déjà ils retiraient des décombres ou des maisons en feu les corps atrocement mutilés qu'ils arrachaient ainsi à l'incinération. Ils eurent également la satisfaction de sauver quelques vivants murés dans de solides abris sur lesquels s'étaient écrasés soufflées par les torpilles, des habitations importantes.

A midi, le nombre des victimes retirées des décombres, tuées ou blessées, dépassait la centaine. Mais encore une fois, il est malheureusement à craindre que ce chiffre ne soit largement dépassé, car, gênés par l'explosion des bombes à retardement, les sauveteurs ne peuvent que poursuivre lentement et avec précautions les travaux de déblaiement. Et de nouvelles victimes gisent encore sous l'amoncellement des décombres.

Dans la nuit, aussitôt après le bombardement, M.Robert Martin, préfet régional s'est rendu sur les différents lieux de la catastrophe pour diriger l'organisation des premiers secours et apporter aux familles des victimes les condoléances du Gouvernement.

Mgr Roques, archevêque de Rennes, qu'accompagnait M. le vicaire général Groult parcouru également les différents quartiers sinistrés.

Sur le Wiki-Rennes




Article extrait de l'Ouest-Éclair du 10 juin 1944 - Edition locale

LE RAID TERRORISTE SUR RENNES DE L'AVIATION ANGLO-AMÉRICAINE

Article extrait de l'Ouest-Éclair du 10 juin 1944 - Edition locale - Les bombardement anglo-américains sur RennesDurant toute la journée, les sauveteurs, bravant le danger des bombes à retardement, ont lutté contre le feu et poursuivi les travaux de déblaiement.

Nous disons pas ailleurs ce que ce raid inexplicable qui se traduisit par l'anéantissement de plusieurs quartiers de la ville et qui fit de nombreuses victimes. L'heure n'est pas venue de donner le chiffre exact des morts et des blessés, car il reste pour pouvoir en établir, un bilan exact à déblayer les amas de ruines qui s'amoncellent parfois tout au long des rues les plus longues de la ville. Et la tâche des sauveteurs n'est guère facile. Plusieurs d'entre eux, déjà, sont tombés victime de leur dévouement, frappés par les bombes à retardement qui, tout au long de la journée d'hier ont éclaté en de nombreux endroits.

Et quels ont été les objectifs touchés ? Ici tout un vieux quartier groupé autour de l'église Saint-Germain, l'une des plus belle de Rennes, qui a elle-même beaucoup souffert... là, une crèche municipale, plus loin l'immeuble d'un magasin de nouveautés, partout des foyers paisibles, et dont il ne reste plus rien.

Le Centre d'Accueil lui-même, où, lors des derniers raids terroristes l'on avait rassemblé par centaines les cadavres des malheureuses victimes, a été, cette fois, touché en plein but et ses baraquements complètement incendiés. Et c'est dans la chapelle désaffectée des bâtiments du Cercle Paul-Bert que sont maintenant réunies les dernières victimes des aviateurs américains. Combien hélas seront-ils demain ?

C'est toujours dans le moment des grandes catastrophes que l'esprit de solidarité des Français se retrouve au maximum. Une fois de plus, nous avons été à même d'en juger hier... et c'est dans la rude épreuve de la cité une apaisante consolation. Les dernières bombes étaient à peine tombées que déjà les sauveteurs se précipitaient pour essayer de sauver tous ceux qui pouvaient encore être sauvés. Pompiers de Rennes et pompiers de toutes les communes environnantes, membres de la Défense Passive, membres des Equipes Nationales, assistantes du Devoir National, infirmières et conductrices de la Croix-Rouge, anciens prisonniers, miliciens, policiers, gendarmes et combien d'autres auxquels M. le Préfet régional Martin, avant de partir pour Fougères où il doit présider samedi la cérémonie des obsèques des victimes d'un précédent raid, est venu apporter le réconfort de sa présence et les instructions d'un chef éclairé et dévoué.

Le Secours National et le C.O.S.I. étaient également sur place et dans le différent quartier ravagés par l'incendie, venaient en aide aux sinistrés et s'occupaient de soutenir les efforts des sauveteurs par la distribution de bouillons chauds et de biscuits.

Maintenant un nouvel exode commence. Effrayée — et comment ne le serait-elle pas — la population fuit Rennes par toutes les routes. Combien de femmes, d'enfants, de vieillards, se traîneront ce soir pas les chemins à la recherche d'un gîte pour la nuit... et pour repartir demain.

Les populations paysannes qui vont les voir arriver sauront, nous voulons le croire, accueillir généreusement ces malheureux.

A moins qu'ils ne rencontrent encore quelque pilote anglo-américain qui, n'ayant pas réussi à les tuer chez eux, ne vienne les mitrailler et les tuer dans leur fuite.

© Service des archives de Ouest-France

Bon, là, c'est de la propagande, bien évidement...


Article extrait de l'Ouest-Éclair du 11 juin 1944

AVIS AUX SINISTRÉS

Le Commissariat à la Reconstruction communique :

Les propriétaires d'immeubles sinistrés, détruits ou simplement endommagés sont priés de se faire connaître d'urgence, le plus tôt possible, après chaque sinistre au Commissariat à la Reconstruction.

Ceux habitant Rennes peuvent souscrire directement leur déclaration au bureau du Service régional, 24, rue des Fossés, à Rennes. Ceux qui habitent d'autres localités du département pourront soir écrire au Service régional, soit remettre leur déclaration à la mairie de leur résidence qui la transmettra au Service régional.

Les occupants d'immeubles sinistrés qui auront subi des dégâts dans leur mobilier se feront également connaître au Commissariat à la Reconstruction, soir directement, soir par l'intermédiaire de la mairie de la commune où ils ont été sinistrés et, en cas de repli, où ils se trouvent réfugiés.

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Œuvre de la Chanson Française
— Devant les évènements actuels, la Direction de la Filiale suspend les cours de la chanson, à partir de demain dimanche.

© Service des archives de Ouest-France




Suite à ces bombardements qui frappe les gens et les esprits, la propagande se déchaîne :
Le quotidien Le Matin « les Anglo-américains [qui] s'acharnent sur la France » et annonce des obsèques nationales pour les « 250 morts ». L'édition du 12 mars 1943 est pour sa part beaucoup plus explicite, titrant « Toute la Bretagne s'incline à Rennes devant les victimes des assassins américains ». Le propos est relayé par une citation de Pierre Cathala, natif de Montfort-sur-Meu et alors Ministre de l'économie et des finances : « Ce sont des victimes de la plus lâche agression dont nous déplorons la perte. Notre devoir est de nous unir derrière le Maréchal ».
On voit donc comment les bombardements alliés sont un moyen de ressouder l'opinion contre les Britanniques et les Américains mais également derrière la figure de Philippe Pétain.
Erwan LE GALL



Finalement, l'histoire retiendra que ces bombardement massifs mais mal contrôlés, ici et ailleurs, ne servirent pas vraiment à grand chose... En tout cas, les bombes ne touchèrent que rarement leur buts...


La libération de Rennes




Tout cela est bien loin maintenant...

Il n'en reste pas moins quelques souvenirs...



Le 4 août, Rennes célèbre les 70 ans de sa libération

Trois questions à... Nathalie Appéré, maire de Rennes
"... Je suis très attachée à cette commémoration. C'est la marque de notre reconnaissance envers les soldats américains et les résistants qui ont combattu pour la libération de notre ville... Nous nous souvenons aussi de tous les Rennais victimes de la barbarie nazie, et de ceux qui ont perdu la vie dans les bombardements. Il faut transmettre cette mémoire, et tout particulièrement aux jeunes générations, pour éveiller les consciences et éclairer l'avenir.
...Rassembler les Rennaises et les Rennais de tous les quartiers et de toutes les générations autour de notre histoire, voilà ce que je souhaite. La mémoire, quand elle est partagée, nous permet de mieux vivre ensemble. Pour cela, elle doit être accessible à tous... Nous souhaitons être des passeurs d'histoire, pour mieux construire ensemble notre avenir".
Recueilli par Vincent JARNIGON
Article en page "Rennes" du 24 juillet 2014

Ouest-France



Merci à la SEMTCAR, Rennes Métropole, Ouest-France et le Wiki-Rennes pour avoir collecté et synthétisé toutes ces informations que vous pouvez retrouver en grande partie sur les panneaux d'informations placés sur les palissades du chantier de la Place Saint-Germain.


Articles connexes :
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Histoire de Rennes - Les bombardements de 1944
La libération de Rennes sur le site Liberty Ship
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"Les trésors de la place Saint-Germain" (Article Ouest-France - 29 Janvier 2015)


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