jeudi 23 février 2017

Violences policières Place Saint-Germain

Même Place Saint-Germain la Police dérape...


En ces temps plus que troubles, socialement et politiquement, où l'on brûle ce que l'on adorait hier, où les valeurs tanguent et se vident de leur substance, j'en viens à parler ici des violences policières qui font la une des média, aujourd'hui même avec la manif des lycéens parisiens contre le drame sans nom de la désormais célèbre "Affaire Théo". Il n'y a pas que dans nos banlieues ou dans les zones de non-droit que la Police ou les forces de l'ordre dérapent. A Rennes, en avril dernier pendant les manifs contre la Loi Travail, un étudiant a perdu son œil sous mes fenêtres… et l'on discute encore de la provenance du projectile…

Mieux, c'est même directement sur la Place Saint-Germain que se sont produits des dérapages inacceptables comme dans l'histoire - mais aussi la suivante - que je vais vous raconter aujourd'hui et que j'hésitais, par scrupule, à mettre en ligne. Mais je considère que c'est désormais le moment opportun car il n'y a plus de raison de garder cette lamentable affaire dans le seul souvenir de ceux qui l'on vécue...

C'est mon ancien voisin du 4 rue des Francs Bourgeois qui parle… C'était il y a maintenant exactement 11 ans… Un triste anniversaire. Il m'avait raconté son histoire à ce moment là, en février 2006 donc, et en était tout à fait abasourdi et révolté, contre ce que je nomme bien des violences policières. Soit ce que l'on nomme vulgairement une bavure, basée sur des actes concrets et agressifs sans justification car en dehors de tout cadre légal, si ce n'est la seule volonté de laisser-faire du responsable qui encadre les fonctionnaires qui ont commis l'inacceptable...


Le témoignage et les faits...


Je mets ici les documents originaux récupérés qui relatent cette affaire :

Rennes, le 19 février 2006

voici les faits qui se sont déroulés hier à Rennes, samedi 18 Février.

J'habite place St Germain au centre de Rennes. Aujourd'hui la place St Germain était occupée par les cars de CRS qui devaient encadrer la manifestation des ravers organisée par le collectif SUBZH.

Vers 18 heures, je rentre chez moi et tombe sur cordon de CRS qui bloque la place. Je suis obligé de présenter mes papiers pour renter chez moi alors que je ne faisais pas partie de la manifestation. Je dois insister pour que l'on me cède le passage (je suis bloqué à 10 mètre de ma porte d'entrée...).

Rentré chez moi, je me décide à participer à la manifestation : je pose mes enceintes hi-fi sur mon balcon et mets du son techno.

10 mn plus tard, me retournant vers ma fenêtre, je vois un CRS dans la lucarne en train empoigner l'une des enceintes. Je me précipite mais c'est trop tard, il me l'enlève des mains et la jette par terre : l'autre enceinte avait déjà été balancée... Je me penche et vois un CRS donner un coup de pied dedans et un autre ensuite qui la prend pour la mettre à la poubelle... Entre temps j'entends, "ta gueule enculé".

Les CRS rigolent et moi je ne rigole pas du tout. Je n'ose pas sortir pour les récupérer, ce sont 2 voisines qui le feront pour moi plus tard.

J'irai au commissariat lundi matin porter plainte pour violation de domicile, vol, dégradation et injure. Qui casse, qui insulte, qui créer le désordre, qui intimide, qui méprise ?

Je vous joins la photo que mon voisin a pu prendre et je collecte les témoignages des témoins, au moins 3 sont d'accord de le faire.

Les photos 

 

Quelques secondes près le drame : le voisin regarde les CRS enlevant la barrière qui leur a servi d'échelle pour accéder à son balcon pour attraper les enceintes que l'on voit à terre sur le trottoir...

 

L'état des enceintes après récupération...

Les témoignages des témoins

 









La main courante

 


L'alerte aux élus municipaux


J'ai alerté les conseillers municipaux de la Mairie de Rennes qui ont eu la gentillesse (pour certains) de me répondre (au message envoyé mentionné ci-dessus - NDLR) :
bonjour,

j'ai bien reçu votre courriel relatant les évènements que vous avez vécus. ils sont graves, en conséquence je saisi Madame la Préfète.

restant à votre disposition

Marcel Rogemont (23 février 2006)


Bonjour,

J'ai bien lu votre courrier et je ne suis ,hélas ,pas étonnée !

J'ai en effet participé au défilé samedi avec plusieurs militants verts , car nous défendons le droit à la fête sous diverses formes et mon collègue élu Jean-Marie Goater est très impliqué dans ce mouvement .La présence policière était impressionnante et arrogante .Il est évident que les CRS attendaient la première occasion pour s'en prendre aux jeunes.

Concernant votre situation , je ne sais que vous conseiller car vous risquez de tomber sous le coup d'une accusation de tapage sur la voie publique ou quelque chose dans le genre. Il serait en tout cas intéressant et important de le faire savoir : rubrique Rennes forum de Ouest-France par exemple... Je me charge de faire circuler l'info auprès des "organisateurs" du défilé par le biais de Benoit Careil et aussi via la liste de diffusion des Verts qui touche plusieurs centaines de rennais .

Bon courage , salutations citoyennes.
Nicole Kiil-Nielsen. (21 février 2006)

La réponse à ce message :

Rebonjour Madame KIIL-Nielsen,

je vous remercie pour votre message et de votre intérêt pour cette affaire qui bien évidemment me révulse. Même si je ne suis plus "un jeune", effectivement, je les plains. Nous somme depuis quelques temps face à des enjeux (politiciens) qui nous dépassent. Je devrai me résoudre à faire profil bas sachant que, comme pour d'autres personnes à qui j'en ai parlé, cette histoire me fait un peu peur. Je pensais mettre en place un blog mais je ne ferai qu'une simple page présentant les éléments que j'ai rassemblé. Je vous enverrai le lien. Je vous remercie encore de votre courrier.

Amicalement


Bonjour,

Bonne note a été prise de vos récriminations concernant le comportement des Forces de l'ordre lors de la manifestation du 18 février dernier. Nous ne pouvons que vous inviter à répercuter l'ensemble de vos remarques à l'autorité préfectorale dont dépendent celles-ci.

Salutations.
DGRMG - "Affaires Générales" (21 février 2006)


J'ai bien reçu votre dossier...

Je n'aurai matériellement pas le temps de suivre tout ça maintenant, mais je fais suivre... De votre côté tenez moi au courant s'il y a du nouveau...

à +
Jean-Luc Daubaire (20 février 2006)


Bien reçu votre message.

Honoré Puil (19 février 2006)

Bonjour, 

Nous avons bien reçu votre message.
Nous le transmettons, pour instruction, au service concerné. 

Salutations,

SDG/Service courrier et actes - Ville de Rennes.

Qui casse, qui insulte, qui créer le désordre, qui intimide, qui méprise ?

Il n'y aura pas de suite car je me vois mal attaquer l'état et la préfète sachant que je suis déjà en procès contre mon agence immobilière et la propriétaire de mon logement (des gros pourris ceux-là aussi)... Et que ça me coûte déjà bonbon...

Hier, jeudi 16 mars, vers 12h30, les CRS sont passés sous ma fenêtre, sirène hurlante, pour aller déloger les jeunes qui avaient pris la Mairie. J'étais à la fenêtre et en passant, de leur car, me voyant, ils m'ont fait coucou : flippant !!!

Tout est là...



Puis ?


Puis, plus rien… Il n'y a pas eu de suite, sous quelque forme que ce soit. Juste des papiers et des rancœurs… Et de la stupeur et de l'indignation de la part des témoins de l'épisode, d'autant plus que ce n'était pas un soir dans un recoin, mais bien en plein jour, à la vue de tous, et même jusqu'au domicile de la victime (même si ce n'était que sur son balcon du premier étage donnant sur la rue)...

Il faut bien voir que quelques semaines plus tard, dès le mois de mars suivant, la contestation populaire contre la loi dite "CPE" s'élevait dans les rues de Rennes et que les violences atteignirent alors un niveau que le centre-ville n'avait plus connu depuis la fameuse manif des pêcheurs de février 1994... Là aussi, les violences, des deux côtés, furent nombreuses (j'en fus malheureusement le témoin à maint reprises et autrement plus graves que celles racontées ici !)... Ces violences de 2006 font parties maintenant de la mémoire collectives... Celles de 2016 aussi désormais...

Les CRS près de la Place Saint-Germain pendant les manifs contre le "CPE" - Mars 2006 - Photo Erwan Corre
Les CRS près de la Place Saint-Germain pendant les manifs contre le "CPE" - Mars 2006 - Photo Erwan Corre

Les CRS sur les quais près de la Place Saint-Germain pendant les manifs contre le "CPE" - Mars 2006 - Photo Erwan Corre
Les CRS sur les quais près de la Place Saint-Germain pendant les manifs contre le "CPE" - Mars 2006 - Photo Erwan Corre

Je ne sais quoi en penser mais je dirai que tout cela m'attriste... et je repense à mon voisin de l'époque, qui avait toute ma sympathie car ce n'était pas un mauvais bougre...



Un autre épisode de violences policières Place Saint-Germain


Là, l'histoire est désormais ancienne... C'était en février 2013 (encore en février !). Je pense que si j'avais vu la manifestation depuis ma fenêtre, je serais descendu pour y prendre part. Mais à ce moment-là je me faisais plaisir dans un bon resto à Auray entre ciel et terre...

L'article de Ouest-France - En ligne ici

Je découvrais les images de l'évènement quelques jours plus tard et je trouvais cet épisode encore plus lamentable : les coups de matraques indiscernés et dangereux étant de trop dans le soi-disant maintien de l'ordre qui n'était pas de toute évidence menacé face à des manifestants pacifistes même s'ils étaient déterminés :



A ce moment là, il faut bien voir que l'immeuble du 4 rue des Francs Bourgeois était encore habitable et depuis plusieurs jours occupé par des militants engagés (en l'occurrence, des travailleurs précaires) et pas par des squatteurs inorganisés. C'était en fait un symbole concret pour dénoncer le double discours des politiques et de la Municipalité... Se loger à Rennes, c'est compliqué !

Pour comprendre cette situation, je résumerai ce que me disait le responsable du D.A.L. de l'époque : "squatter rue de Fougères ou en périphérie, y'aurait pas eu de problème... mais là, à 150 m de la Mairie, c'était pas possible...". Preuve est faite ! Et là aussi en dehors de tout cadre légal : où est l'huissier, où sont les ordonnances d'expulsion ? C'est toute la question qui traverse ce billet, et les évènements que je mentionne ici, mais aussi tous les autres qui agitent notre société et pas seulement en France. A quoi sert le droit s'il ne sert que des intérêts bien compris...



Depuis, le 4 rue des Francs Bourgeois, dénommé aujourd'hui dans la nomenclature officielle "Îlot Chat qui pêche", a disparu du paysage de la place et a été remplacé par un cube de béton enserré dans l'emprise du chantier et qui sera dans le futur la porte de la sortie sud de la station de métro "Saint-Germain".

Ce qu'il reste de "l'Îlot Chat qui Pêche" - Place Saint-Germain, le 23 Février 2017... Photo Erwan Corre

Ainsi vont les choses...


Aucun commentaire:

Publier un commentaire